Auto Production – Galères et Hypocrisie.





A deux doigts de remettre en cause les misérables petits êtres humains que nous sommes, accrochés à notre vie si futile à l’échelle de la planète, nos millions de petits mondes bien pensants recroquevillés sur nous mêmes, à servir égoïstement les intérêts frustres de nos nombrils béants…A deux doigts de condamner le système dans lequel nous suffoquons, bombardés d’informations à ne savoir qu’en faire, au point que la culture devient jetable et que nous perdons toute identité propre au profit d’une identité générale décidée par le plus sordide de tous nos vices, l’appât du pouvoir et du gain…je dois centrer cet article sur la difficulté d’exister dans le paysage culturel actuel pour le musicien indépendant que je suis... Je tenais à dire avant tout que ne suis pas dupe de l’hypocrisie générale dans laquelle nous sommes tous inexorablement plongés piégés – la société de consommation- et tout comme vous, lecteur, de la difficulté d’être au milieu de tout ça, tout simplement.


David Law
David Law
Alors être artiste ou plombier, est-ce un choix, vraiment ? Est-on passionné ou contraint, est-ce l’appât du gain, la facilité, est-ce dans les gènes ? Nous a t’on menti ? Qui décide ?
A la télé il paraît facile de devenir une star, de rouler dans de grosse bagnoles et de parcourir les nuits blanches. Je les vois venir nos gamins, c’est évident ! Pourquoi passer sa vie à s’emmerder quand il suffit d’un peu d’esbrouffe et de tchatche… Combien d’entre eux ne vont jamais s’en remettre ? De la réalité de la vie, de ce système auquel on ne peut échapper – tu travailles – tu consommes, j’en crève aussi, c’est si loin de ce qu’ils nous font imaginer…Pire, nous participons tous à l’élaboration de cette spirale de par notre individualisme exacerbé.. Chacun pour soi, Dieu pour les autres, Dieu existe-t’il ?

David Law
David Law
Je suis dans le circuit de l’auto production depuis 1988, j’ai aujourd’hui 37 ans, et j’ai ponctué ce parcours musical par de nombreux projets de groupes, tout en dérivant vers la musique de films et la photographie. J’ai choisi de m’orienter vers un univers sans concessions, sans viser la conception d’un « produit », je n’ai jamais su faire autrement –et voilà bien ma perte. Aussi je m’auto produis, inlassablement, (8 Cds et 400 concerts depuis 1990) avec tout ce que cela comporte comme galère et non sens.


David Law and the Arkitekts
David Law and the Arkitekts
L’auto production, c’est une entreprise à part entière, mais sans structure ni soutien ni recette.. Il y a deux orientations principales : le studio et la scène. Le dilemme déjà se pose: pour trouver de beaux concerts il faut de bonnes maquettes. Cela passe de toute façon par la constitution d’une association de plusieurs musiciens autour du même projet…généralement le groupe. Financièrement le temps est à l’orage. Le groupe finance son matériel, ses répétitions, ses déplacements, ses enregistrements…Le groupe évolue alors dans le paysage culturel actuel de l’hexagone. Les majors et la sur-consommation ne leur laissent que des miettes. Les radios, la télévision, les sites de ventes mp3 « légaux », la presse, les salles de concerts, galvanisées par les ventes, déversent aveuglement les produits tiroir caisse..(essayez pour voir, de télécharger sur les structures « légales » des artistes indépendants…) Le groupe doit donc évoluer dans de petites salles et nous nageons en pleine hypocrisie. Aux yeux de la loi, dans le cadre d’un concert, il doit y avoir un organisateur qui prennent en charge…mais si vous savez…les intermittents, les déclarations Sacem, le reversement aux ayants droits, la participation…Que Dalle ! La salle met à disposition le lieu et le groupe organise son concert. Il n’ y a ni contrat, ni déclaration, dans 90% des cas. La loi est détournée. Le groupe parvient à dealer une indemnisation, genre note de frais, il peut parfois faire ses entrées (tenir la caisse) ou passer le chapeau / vendre des Cds. Le groupe doit-il déclarer au fisc les 150 Euros récupérés dans le meilleur des cas ? Jamais de tels concerts ne devraient avoir lieu – simplement ils sont les poumons du réseau indépendant et notre seul outil de résistance. Ces lieux doivent être subventionnés et les groupes payés et déclarés pour s’y produire.



David Law
David Law
Le groupe cherche à évoluer, après plus de deux ans de galère et à défaut de production,
il décide de s’auto produire un album Gros-Son et de mettre le paquet (à ce stade, déjà 80% des groupes se sont dissous). Chacun y va de sa fortune et le Cd est produit. L’auto production c’est aussi l’autogestion/financement des mailings, contacts, envois de Cds, rappels, courriers… le manager –généralement un membre du groupe- y passe sa vie entière. Vous êtes vous demandé comment vit-il, au quotidien ?

D’autant que les démarches ont peine à faire mouche, noyées dans le flot continu des envois des autres groupes. Les créneaux se font rares dans le paysage audiovisuel, pour les artistes indépendants. Combien d’émissions de télé ou de radio se font miroir de la réalité ? Il n’y a qu’à regarder sur le Web, le nombre de groupes référencés dans les sites catalogue, pour comprendre que la réalité, ce n’est pas cette soupe qu’on nous sert, ces stars qui se suivent et se jettent…pour comprendre que le public n’y croit plus. La fréquentation des festivals indépendants le prouve, le quidam se diversifie. La sur-consommation vient de perdre du terrain. Le réseau indépendant explose. La technologie nous a offert les outils de sa propre destruction. Chacun peut produire, fabriquer, vendre, se diffuser.. Dés lors les majors ne sont que des machines à Pub et nous pouvons nous en passer.

Dans le meilleur des cas, le groupe démarche salles, festivals.. et ne devra son succès qu’à la persévérance et l’endurance, l’abandon total. Plusieurs années de ce cycle et la notoriété acquise, il devient enfin le produit que les majors récupèrent et produisent à leur tour.


David Law
David Law
A la fin du cycle, nous avons tué 99% de bonne volonté, au profit des 99% produits-marketing mis en place par les majors… alors doit-on parler de faute de goût ou de doctrine quand un élu de la Star Ac parvient à vendre 4 millions de single et devient la Star kleenex d’une partie de la jeune génération manipulée ? Ces ventes sont le produit de têtes bien pensantes et sans ce carnage médiatique, on ne trouverait pas plus d’un dixième des artistes actuel dans le paysage culturel. Il se produit que personne n’est plus dupe de la manipulation, les ados s’orientent vers des choix plus personnels, nous assistons sereinement à la petite mort des strass et des paillettes au profit des artistes de la rue, indépendants, si vivants !

Que peut-on dire des ouvertures laissées aux jeunes groupes qui débutent ? Elles n’ont jamais été aussi vastes ! Nous construisons l’avenir, ensemble nous constituons la scène indépendante, le poumon culturel, par des actions isolées nous construisons le réseau qui lorsque les liens seront scellés, constituera la prochaine révolution culturelle !

Auto Production, galères et Hypocrisies…

Et si nous abandonnions l’idée même de profit au profit justement des idées, de l’art sincère improductif mais nécessaire à la diversité culturelle, si les salles, radios, télé ouvraient enfin des créneaux pour permettre aux indépendants l’expression directe…Notre seule ouverture passera par le développement du réseau indépendant.. et c’est exactement ce qui se passe. Nous gagnons du terrain, petit à petit, les structures indépendantes tissent enfin le réseau tant attendu, les majors et le système sont en perte sèche et nous assisterons bientôt à l’avènement du monopole « business » au profit de la création libérée..


Article paru dans l’ALTERNATIF
Rejoignez l’ALTERNATIF


David Law
Trio Indépendant Rock Pop
InterconneXion de concerts
Mannequins, elfes et pin ups




1.Posté par Jao le 01/05/2005 23:08
David ,

les majors et le système sont en perte sèche ?

Majors = commerce = arme ment = la prochaine révolution culturelle ?
Nous gagnons du terrain? du terrain virtuel ? 80 % de la population
dans les villes ? surpeuplées ? Paris en est le symbole ?
Chaque village ses musiciens, sans radio , télé ,
Comme le boulanger fait son pain , pas possible de le télécharger ?
De le virtualiser, de le dupliquer ?
Grâce au virtuel, UN seul peut être partout ,
Virtuellement seulement, ce vieux morceau du temps repassé, comme un arrêt du temps, le CD, la Vidéo ?

la prochaine révolution culturelle ?

La vraie révolution qui tourne comme la terre, inlassablement,
L'exode urbain ?
La vraie révolution, la nature, la chaleur, le froid et l'eau, le vent ,
quelle carte de crédit peut l'acheter ?
Comme si le commerce moderne = la guerre

Si tu veux parler de tout ça, manger ensemble, rire,
musique,enregistrement, toutes ses alternatives d'amitié ,
simplement VIVRE,
Je t'invite à passer chez moi ,quand tu veux,

très affectueusement.....de tout mon coeur David...

2.Posté par David Law le 02/05/2005 19:38
Ironique ta réponse ? Tu me penses trop Utopique ?

Torturé, c clair je le suis, désabusé, amer, fuck the system !

En discuter, c ok..Tu es d\'où ? voisin de Paris ?

Voyons nous si tu veux!

David

3.Posté par aaron le 06/05/2005 03:09
le mouvement "alternatif" des années 80,90 m'a rendu méfiant,amer,désabusé,ton article m'a offert un peu d'oxygéne,je vais m'interesser de plus prét au journal et au site;a bientot,yves

4.Posté par Malin le 11/05/2005 16:54
"Et si nous abandonnions l’idée même de profit"

Ah ben non, pas d'accord, nous, il faut qu'on change la R19!! :-))))

Plus sérieusement, je crains que toute initiative ne soit, à terme, récupérée... "Ils" ne lacheront pas le morceau comme ça! Et la nature humaine étant ce qu'elle est...
J'espère de tout coeur me tromper et voir l'avènement de la nouvelle ère que tu nous décris. Mais je doute fortement...
Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras, tu as raison! Sans utopie, l'humanité recule.
Bel article en tout cas... Eric.

5.Posté par Jann Halexander le 11/05/2005 17:04
IL est clair qu'un tel article sur l'autoproduction, la galère et l'hypocrisie est déprimant et n'incite pas à vouloir se faire connaître...cependant je souhaiterais préciser que l'important reste de chanter ce qu'on veut, créer ce qu'on veut, faire ce que l'on veut...l'idée de liberté absolue...et ça aucune major ne pourra la donner cette liberté...je suis moi-même chanteur, indépendant, à la Sacem, naturellement ce n'est pas facile. Malgré tout, je récolte les fruits de mon travail tout en créant et chantant ce que je veux sans rendre de compte...c'est quelque chose de fantastique pour un artiste, et il faut en profiter un maximum avec les nouvelles technologies...sans idéaliser internet.

Jann Halexander

6.Posté par toto le 23/05/2005 20:21
rassemblements, utopie, etc etc... on refait mai 68 ?

personnellement je suis pour, surtout si on le fait avec comme armes nos instruments, nos paroles, nos coeurs.

moi je propose un petit truc pour dépiter les majors, c'est que chaque groupe indépendant mette un de ses morceaux uniquement en téléchargement gratuit ( il faudrait évidemment créer un serveur dédié seulement a ca ) , histoire que les gens puissent constater a quel point nous les artistes galériens, bohèmes, nous sommes nombreux.

Histoire aussi que peut etre, les artistes s'écoutent les uns les autres, s'apprécient, voire bossent ensemble sur un projet commun.

Pourquoi pas un CD genre SOS Ethiopie pour aider a payer les maquettes des dits artistes indé, voire gagner assez de sous pour monter un studio indé, gratuit et d'intéret général qui ferait gratos les maquettes de jeunes groupes en devenir ?

J vous laisse y réfléchir les artistes, pour ma part je pense qu'une structure comme celle-la, financée par les droits SACEM des artistes qui font du pognon ca serait pas mal ;)

musicalement votre, toto

7.Posté par NOEUD le 14/03/2006 23:15
cet article est bien trop sombre car il ne tient pas compte de tous ces artistes qui ont réussi tout en restant autoproduits : Anne Sylvestre, Robert, Francis Cabrel (le cas le plus éclatant) etc ... qui ne sont que l'arbre qui cachent la forêt de toute façon. Après tout dépend de l'alchimie, du style du groupe, de l'artiste, de l'originalité. Il y a tellement d'éléments qui entrent en compte, si bien qu'actuellement une page dans libération ou un passage de 5 minutes sur France 2 n'a aucun effet sur les ventes des cds (ou très peu) et les fréquentations de concerts. Il faut un temps pour démarrer et accepter le déficit pendant quelques temps. Rome ne se fait pas en un jour. Et il est temps de réfléchir à cette question sans forcément se mesurer aux majors. Il est bon de rester à l'écart. L'ennui est sans doute grâce à internet qu'on a fait croire que tout le monde peut chanter et se faire connaitre. or internet n'est qu'un outil qu'il faut savoir exploiter. Bien exploiter. Un outil qui ne se suffit pas encore à lui même dans le cas des artistes débutants. Bien sur tout le monde est en droit de s'exprimer. L'ennui est quand vous vous exprimez, vous êtes fier d'avoir votre page web sur internet. Et puis...vous voulez plus. Et ainsi commence une sorte d'engrenage. ce qui était un projet amateur devient une pasison dévorante, mêlée à un désir de reconnaissance du talent , supposé OU réel. Et nait le désir de vivre de sa musique.
Le problème, c'est que beaucoup de groupes indé sur le net font fi du marketing, par idéologie et s'étonnent ensuite des piètres résultats. Or le cd et le concert sont des "objets" de consommations. Cela n' a rien de péjoratif que de le dire. Et en général, des collectifs d'artistes aguerris aux pratiques commerciales, marketing inclus, capables d'être un minimum opportunistes et conscient que l'art n'est pas forcément quelque chose de pur, fait d'amour et d'eau fraiche, obtiennent généralement de meilleurs résultats. Ils font appels à des agents, se taillent des contacts, font des beaux objets qu'ils savent présenter. Et font de leurs concerts des moments précieux. Nosfell est de ceux là. Si ce n'est que sa marginalité est aussi sa voie de secours. Le marketing ne corrompt pas le travail de l'artiste, mais par contre il permet d'aboutir à des résultats financiers concrets.

8.Posté par Yoann le 17/03/2006 12:17
Il est vrai que l'indé reprend du terrain, quand Universal & Co. va produire le nouvel album de Jenifer, rien qu'en promo, ils pourraient signer 4 ou 5 groupes de rock ou jazz.
Avec toute la peine du monde, je vous le dis, non Universal BMG et ces majors ne fléchissent, quoiqu'elles en disent : elles se portent toutes très bien, avec pour, tous des chiffres d'affaire en augmentation (et des pourcentage d'augmentations des bénéfices à 2 chiffres, 30% pour universal je crois... (notamment grâce au ventes de MP3 et des sonneries de téléphones portables). Mais c'est nous qui avons raison : j'ai vu un concert de GoodCharlotte dans une belle salle parisienne (les longues conversations, ça permet de rentrer a l'oeil) que des gosses, qui ont tous payé 35-40 € pour un concert de trois quart d'heure de mauvais punk rock, j'espère que très bientôt ils prendront conscience, que ça n'est plus la musique. quand le lendemain apres m' on peut voir dans le troquet d'a coté des soirées 5 (souvent tres bons) groupes a 5€... SANS COMMENTAIRE, un concert genre Zenith/Elysée/GrosseSalle lorsqu'il est produit, coute 7 a 8 x plus cher qu'un concert indé.


Dans la même rubrique :
< >