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Enrique Seknadje, les bleus de l'âme d'un enfant de Ziggy Stardust



Quel a été ton parcours avant ce disque ?

Un groupe de musique durant l’adolescence (mais je ne chantais pas). Puis, une interruption d’une quinzaine d’années. Et, brusquement, un jour, l’envie de chanter… Quelques cours, un peu de pratique, des reprises... Et en quelques mois, en 2006, à un moment extrêmement difficile de ma vie, la création de dix morceaux presque sans que je m’en rende compte : textes, musiques, arrangements… Je n’en reviens toujours pas moi-même.
En 2009, une sélection de six de ces morceaux… Et le travail en studio avec des musiciens en chair et en os pour donner vie à tout cela.

Enrique Seknadje, les bleus de l'âme d'un enfant de Ziggy Stardust
Comment arrives-tu à un livre sur Ziggy Stardust ?

Je suis fan depuis très longtemps, notamment de cette période extrêmement riche de la carrière de Bowie. J’avais ce sentiment vrai que beaucoup de livres sur le chanteur britannique, et sur le rock en général, ne vont pas très loin dans la réflexion ou dans la « critique ». La conscience aussi que j’ai des capacités d’écriture me permettant de mener à bien l’ouvrage que j’imaginais.
Je me suis lancé… Vue la forme que je donnais à mon ouvrage - des essais -, le style parfois un peu recherché pour ne pas dire abstrus de mon écriture, j’ai eu peur de ne pas trouver d’éditeur… Mais les excellentes Editions du Camion Blanc m’ont accepté et soutenu. Le livre est un succès… Surtout au regard de l’absence d’actualité concernant Mister David Jones.

Le « phénomène Ziggy Stardust » - je parle de la créature qu’a incarnée Bowie, le monde qu’il a construit autour d’elle - a ceci d’extraordinaire qu’il met en abyme la réalité de la « starification ». Un événement d’une modernité sans égale dans le rock !

La rédaction du livre correspondait, entre autres, au moment où je réalisais des reprises, notamment de chansons de Bowie… Tout se tient.


Enrique Seknadje, les bleus de l'âme d'un enfant de Ziggy Stardust
Est-ce qu'il y a une distance entre ton disque et ceux que tu aimes écouter, as-tu fait un disque de fan ?

Oui, je pense qu’il y a une distance. Je n’ai pas fait d’hommage explicite. Simplement des influences se sentent, parce que certaines musiques que j’aime, je les ai écoutées à n’en plus soif, elles m’ont forgé, elles ont alimenté grandement mon univers personnel.
Parfois, cela dit, je sentais au cours de la composition ou du travail en studio que je touchais à quelque chose de déjà existant et qui me plaisait, et j’ai donc « légèrement » appuyé : la voix à la Bryan Ferry sur « Les Bleus de l’âme », le côté expérimental et ambient de Eno/Fripp dans « Noces de glace ».

Je pense, sans vouloir m’envoyer trop facilement de fleurs – de narcisses ! – que dans le cadre de la chanson française j’ai un style relativement particulier. C’est ce qui fait que ma musique plaît ou déplaît, et de façon nette… Mais il m’a semblé qu’elle ne laisse pas indifférent… Dauf certains journalistes des grands médias professionnels dont le job est d’écouter sans écouter et de jouer, justement, les snobs indifférents à ce qui ne suit pas le circuit « dominant ».

Pourquoi le choix de chanter en français alors que la majeure partie des artistes qui t'ont marqué sont anglophones ?

Je ne manie pas bien l’anglais. Ça c’est une chose. Mais je n’ai jamais imaginé une seconde chanter autrement qu’en français. Car c’est ma langue maternelle. Celle qui m’a structuré. Comment peut-on jouer avec la langue, jouer sur les mots et leurs sens éventuellement latents, faire parler – aussi – son inconscient, ce qu’il y a de profondément ancré en soi, si ce n’est avec « ses » mots, « sa » langue ??? !!!
Beaucoup de groupes français qui chantent en anglais et trouvent toujours de bonnes raisons pour se justifier m’énervent. On dirait des enfants qui s’essaieraient au tabac parce que les « grands » le font. Ils travaillent, en plus, à l’uniformisation de la culture.

Découvrez la playlist enrique avec Enrique Seknadje



Comment es-tu arrivé à avoir Mike Garson sur ton album ? Il faut une bonne dose de culot, non ?

Oui, un jour « on » a refusé une de mes reprises pour une compilation française sur Bowie. J’ai compris que les raisons n’étaient pas artistiques mais commerciales, relatives à d’évidents problèmes de copinage. Très en colère, je me suis dit : IL FAUT QUE JE FASSE QUELQUE CHOSE !!! J’étais en relation « amicale » avec l’agent de Mike Garson qui gère sa page Myspace. Mike m’avait écrit un mot très sympathique sur une reprise que j’avais faite de « Rebel Rebel » et mise en écoute sur ma propre page – comme Carlos Alomar, d’ailleurs.

J’y ai été effectivement au culot, comme tu le dis, et ça a marché. L’agent a fait écouter mes démos à Mike et celui-ci a dit d’accord.

Ce n’est pas une opération philanthropique comme tu peux t’en douter, mais Mike fait une sélection. Donc je suis fier. Je lui ai laissé une grande liberté d’interprétation sur les deux morceaux que je lui ai soumis. On sent son style - c’est ce que je voulais -, sa sensibilité et sa virtuosité… Et, en même temps, lui-même a respecté mes compositions, leurs sens – je lui ai fourni une traduction anglaise des paroles.

C’est un musicien et un homme d’une grande générosité.

Photo de Daniel Bésikian
Qui sont les autres musiciens qui interviennent sur « Les Bleus de l'âme» ?

Mon ingénieur du son, Léonard Mule du studio du Poisson Barbu (Paris), qui est un excellent multi-instrumentiste (guitare, basse, claviers). Mon style de musique n’est pas sa principale tasse de thé, mais il a très bien su répondre à mes attentes, et a justement apporté des idées, des sons qui ont fait « varier » positivement ma démarche. Et Elvis Cheddar-Anglay, un batteur bien français, qui travaille à une vitesse époustouflante et qui a une sensibilité, une aisance sur son instrument qui m’ont scotché. On s’en rend notamment compte sur « Plaisirs Solitaires ».

Il y a des chansons que l'on identifie directement comme très personnelles. Quelle est leur fonction ? Parler à tes auditeurs de ces choses personnelles ?

D’abord, et les conditions de créations des morceaux dont j’ai parlé plus haut l’expliquent, m’exprimer, exprimer ce que j’ai en moi, ce qui « insiste », ce qui a besoin de sortir. En 2006, tout se bousculait dans ma tête…. Je n’avais presque pas de temps de loisirs… Et pourtant cela a jailli littéralement, presque d’un coup… même si réellement les choses ont duré plusieurs semaines !
Et puis, oui, je ne veux pas chanter et jouer « pour ne rien dire ». Je ne suis pas un « entertainer » ou une machine à composer. J’ai d’autres activités artistiques. J’écris aussi -littérairement parlant -, je fais de la vidéo.
J’ai plutôt tendance à aller aux extrêmes. Avec l’espoir que les gens le sentiront positivement, trouveront des échos dans leur propre vécu – un vécu qu’ils n’ont pas forcément la possibilité ou l’envie d’exprimer.

Photo de Daniel Bésikian




Est-ce qu'il y a une impudeur à chanter son intimité ?

Oui. Une impudeur saine si on sait trouver les mots forts ET justes. Je pense qu’il faut s’exposer, sinon cela ne vaut pas la peine. Ça peut faire mal, ça peut provoquer des réactions négatives, mais tant pis.

Et je peux te dire que parfois je me retiens… Je pourrais aller plus loin.

« A mon père » est une chanson qui me fait mal car j’y exprime le sentiment de ne pas avoir compris ce très proche parent et j’évoque son existence malheureuse, quelque peu brisée par sa propre famille, par ses proches… Mais elle m’aide aussi à survivre et à faire vivre mon père en moi.

Je suis quelqu’un de relativement réservé dans la vie, mais, de manière presque schizophrène, je suis très extraverti sur scène. Je ne l’ai jamais fait complètement, mais l’envie, de baisser mon froc, de me foutre à poil me prend parfois… C’est mon syndrome Iggy Pop !!!
La scène est un espace de liberté.


Enrique Seknadje, les bleus de l'âme d'un enfant de Ziggy Stardust
Quelle est la suite que tu vas donner à ce EP ? De la scène, un autre disque ?

Du live, certainement. Mais cela prend du temps à mettre en place car je fais beaucoup d’autres choses à côté… par exemple, pour le versant musical, je prépare déjà trois clips pour trois des six morceaux de ce EP.
Cela dit, ce ne sera pas de la scène au sens « concerts de rock ». Le milieu est saturé. Plutôt des performances. Je te tiendrai au courant si tu veux bien, Ben.

Un autre disque, c’est sûr. Si « Les Bleus de l’âme » est un EP avec des textes un peu sombres et mélancoliques, le prochain album sera beaucoup plus optimiste, ouvert.

Je n’arrêterai en tout cas pour rien au monde… Mes deux maîtres-mots sont : courage et persévérance !


www.myspace.com/enrique.seknadje


Lundi 26 Juillet 2010
an interview by Ben Popp

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