Vendredi 05 Septembre 2008
Musiciens.biz
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

Filo, liberté, talent et intelligence

Une fois n'est pas coutume, je vais faire dans le grandiloquent pour vous présenter Filo en citant Gorki :" Pour un artiste, la liberté est aussi indispensable que le talent et l'intelligence."
Filo est aussi passionnant dans sa démarche, le discours sur son travail que dans son oeuvre multiple : musique, poésie, roman, photo ...



Filo
Il y a quelques années, j'ai interviewé CharlElie qui se définissait comme un artiste multiste, je trouve que ce qualificatif t'irait bien aussi. Déjà te considères-tu comme un artiste ?

Tout dépend de l'acception que tu donnes à ce terme. Si on considère l'artiste comme celui qui vit de son art, bref le professionnel, je ne suis pas (ou plus) un artiste.
Si en revanche on considère que celui qui crée, images, musique, mots, personnages ou objets (d'art), etc... est un artiste, alors oui je dirais que je suis artiste.
Mais ensuite il y a des nuances, selon l'implication, le talent et l'originalité.
Quelqu'un qui écrit un poème pour l'anniversaire de sa mère ou dessine des nus en cours du soir sera-t-il artiste ?
Le terme d'art est tellement galvaudé, banalisé, formaté à la consommation, qu'il est devenu forcément aussi délicat à citer qu'un "je t'aime".

Pour ma part, la création, sous toutes ses formes, est ce qui occupe les 3/4 de mon temps. Ce qui, aux yeux des gens pour qui l'art est un luxe ou un divertissement oisif de tire-au-flanc, politiquement très incorrect en cette ère sarkozyste, je l'admets volontiers.

Pour revenir à la notion "d'artiste multiste", je crois que l'artiste authentique (enfin disons doté de talent) n'est pas le technicien spécialiste d'une seule activité, mais quelqu'un qui sera capable de faire acte de création avec n'importe quoi à sa portée, voire avec
rien.

A quelles formes d'art es-tu sensible personnellement ?

Justement ! A toutes, même celles qui ne demandent pas forcément de maîtriser un outil spécifique.
Je suis bien sûr très sensible à la musique, à l'écouter et autant à la faire. Mais l'interprétation seule (comme pour la musique classique ou la variété) me fait moins vibrer que l'improvisation, c'est à dire la création spontanée ; et cela est la spécialité justement de la musique indienne et du Jazz.
Puis à l'image. Depuis tout petit, j'ai toujours dessiné. A l'école et au collège, je prenais mes cours d'histoire en BD, puis je suis devenu illustrateur, puis infographiste, puis photographe. Maintenant j'ai envie de tâter à la video, mais je n'ai pas le temps de m'y mettre.
Car je fais trop de choses, et j'écris.
Oui la forme d'art à laquelle je suis le plus sensible actuellement, je crois que c'est l'écriture : les mots, en particulier la poésie.
J'en lis pas mal, sauf lorsque j'écris.

Puisque on est sur un site musical, revenons-y ! Quelle place tient la musique dans ta vie ?

La musique me prend à tel point les tripes que j'en ai en permanence dans la tête, même dans les moments les plus durs. Je ne pratique pas; je ne travaille pratiquement jamais mes instruments ou ma voix, mais je suis à tout moment en train d'explorer intérieurement. Lorsqu'une musique me plaît, il faut que je me l'approprie un peu en trouvant des harmonies ou des percussions additionnelles, bref que j'y participe.
Alors j'ajoute des choeurs au morceau que j'écoute, et je commence à taper sur ce qui sonne à ma portée.
En revanche lorsque une idée émerge, et que j'ai envie de la concrétiser, l'enregistrer, ou juste la mettre au point pour l'interpréter, je peux passer des journées et des nuits sans dormir ni manger pour l'élaborer, ce qui me fait travailler par exemple la guitare, malgré moi.
Et dans ces moments de création émergente, je n'écoute plus la musique des autres, je mets ma chaîne et mon lecteur mp3 en berne.


Filo
Et le silence ?

Excellente question ! (tellement bonne que je ne te remercie pas de me l'avoir posée)
Voyons...
J'ai beaucoup écrit sur le silence. C'est un des thèmes qui m'a le plus inspiré, je crois.
Le silence est un terrain de création idéal pour ceux qui ne s'approprient pas les idées des autres (car nous sommes dans une ère de récupération, où on peut connaître le succès en modifiant des choses déjà existantes plutôt que d'en créer).
La création pure émerge souvent de rien. Ou d'une observation silencieuse.
Etre témoin avant d'être acteur.
Car la vie frémit aussi en silence. Elle pourvoit aux aspirations secrètes des hommes qui pourtant sont de moins en moins à son écoute.
Le silence recèle le potentiel essentiel de l'inspiration authentique.

Le silence est un terrain fertile et virginal où nous pouvons planter et cultiver toute la matière nécessaire à la création. Car à travers le silence, c'est en nous en vérité que nous puisons, sans parler de l'éthéré.
Le créateur en action au cœur du silence se détache des influences externes et adopte une démarche introspective libre et disponible. Si cette démarche est en plus délibérément détachée du passé acquis, du souci de paraître et de toutes les aspirations de l'égo, là peut
émerger ce qu'on appellera facilement le génie.

Notre société a oublié l'importance des vides et des silences.

"Un vent de nulle part
me souffle aux oreilles
qu'il est trop tard
pour accomplir
tous mes rêves

Que j'avais du temps
et l'ai gaspillé

Que les vides et les silences
étaient plus utiles
que le fait de les combler"


Filo
L'Inde, c'est un choc culturel pour toi ?

Assurément, mais pas dit comme ça. Je veux dire, la culture indienne m'a interpellé progressivement, et depuis longtemps. Ce n'est pas une découverte brutale, un choc dans ce sens.
Mon père écoutait Ravi Shankar parce que ça se faisait à l'époque des hippies. Mais cette musique m'a tellement fasciné quand j'étais jeune, que je me suis offert un sitar pour mes 19 ans, en me jurant d'aller en Inde un jour pour y apprendre cette musique. Etant devenu papa entre temps, j'ai attendu jusqu'en 2000 pour faire ce voyage, et j'ai vécu la moitié d'une année là-bas, à Bénarès, et j'ai suivi des cours de chant et de théorie du raga. J'ai appris à lire et écrire le devanagari, l'alphabet du sanskrit et du hindi, puis je me suis passionné pour le côté théologique et philosophique.

Lorsque je suis revenu en France, c'est là qu'il y a eu choc : j'ai réalisé à quel point nous sommes pervertis par un système exponentiel que nous avons contribué à installer, attachés à la consommation, à l'artificiel, au superficiel, à une morale judéo-chrétienne allant à l'encontre de la nature humaine et de la Nature elle-même, à quel point nous sommes perverti par la télé, les apparences et les fanatismes.
Je faisais déjà ma crise de marginalité avant, mais l'Inde m'a permis d'entrevoir une autre possibilité de fonctionnement viable. Et encore...

J'ai lu une passionnante interview de toi sur le net et j'ai adoré que tu cites Michaux -"Même si c'est vrai, c'est faux."
Est-ce que créer ce ne serait pas aussi inventer un vrai éphémère, un contre poids à ce "Même si c'est vrai, c'est faux" ?


Parfaitement, je ne te le fais pas dire. L'acte de création réconcilie les pôles subjectivité/objectivité, car si elle est authentique (c'est la moindre des choses), elle n'a pas à être discutée, sa seule vérité peut suffire, et même résider dans un faux-semblant qui peut nous émouvoir aux larmes.
Pour être plus concret, prends l'exemple du mîme ou du comédien...
C'est aussi faux que vrai, mais l'art, le vrai, ne peut-il pas être magnifié dans cette fausseté ?
Incarner un personnage -faux- et lui donner vie, n'est-ce pas un acte de création quasi-divin ?
Michaux avait compris pas mal de choses, mais il ne s'encombrait pas des explications, il a livré beaucoup de messages sans la notice d'emploi.

Tu as une passion pour le blues, tu en joues ou en a joué ?

C'était avant. J'ai animé sur une radio régionale une émission hebdo en direct pendant 8 ans intitulée "Blues Mutant". Le Blues a été le biais par lequel j'ai commencé la musique, vu le peu de besoins techniques qu'il nécessite pour son interprétation. J'ai été passionné, c'est vrai, et j'ai eu la chance de rencontrer et d'interviewer des bluesmen fascinants. J'ai même échangé quelques mots avec BB King, Taj Mahal, Koko Montoya et feu Luther Allison. J'en ai peu joué moi-même sérieusement, ça a toujours été pour les boeufs entre potes.
Mais tu peux écouter "O Mary" que j'ai mis en ligne ici
Depuis mon voyage en Inde, la musique indienne a pris trop de place et j'ai un peu laissé tombé le Blues.

On sent que tu es quelqu'un de passionné, qui brûle de plusieurs feux. Boulot, dodo, star académie et prime time sur tf1 c'est pas ta tisane ?

(rires) Effectivement, comme je te l'ai dit sur le choc avec l'Inde, le système consumériste et superficiel dont la télé est un élément essentiel ne passera pas par moi. J'ai déjà refusé des contrats juteux pour ne pas me compromettre. Barclay m'a même proposé de me signer à condition que je traduise toutes mes chansons en français : ce fut niet. On ne fera pas de moi un produit contre mon gré.
Et quand je vois ces télé-addicts qui enregistrent un épisode raté de leur feuilleton de téléréalité genre où les jeunes se font enfermer dans l'espoir pathétique de devenir des "stars" de pacotille, j'ai envie de me retirer aux sources du Gange, seul ou avec des gens vrais.


Filo
Je vais te demander un exercice qui n'est peut-être facile, mais on va mettre en application le connais-toi toi même. Ce serait de présenter à nos lecteurs-auditeurs les 4 titres en écoute sur ta page myspace...

Pas facile en effet.

"The Disciple":
le message est simple, il est contenu dans le refrain, c'est à dire la réponse du maître à celui qui veut absolument devenir son disciple : "Tu n'es rien d'autre qu'un humain, alors construis toi-même ton chemin" personne ne le fera à ta place. Pourquoi ce besoin de suivre ? Et à la fin : "Trouve ton ego, ensuite oublie-le".

"Maturité":
ce fut d'abord un texte que j'avais écrit en écriture plus ou moins automatique, comme de la plume d'un groupe de survivant qui analyserait en gros les erreurs qu'il ne faudra plus recommencer. On m'a tout dit sur ce morceau : que ça ressemblait à du Thiéfaine, à
du Noir Déz, ou encore à Higelin... Personnellement je ne trouve pas, mais ça m'a flatté.

"Mujhé lé chalo":
Littéralement "Emmène-moi" en hindi. J'ai écrit la chanson en Inde en pensant à ma muse de l'époque restée en France, mais par extension à la Femme, universelle.

Voici la traduction :
Mujhe le chalo
(Emmène-moi)
Vahan, __lahren ke us par
(Là-bas,__au delà des vagues)
Mujhe le chalo
(Emmène-moi)
Upar,__badalon ke us par
(Là-haut,__au delà des nuages)
Mujhe le chalo
(Emmène-moi)
Dur,__kshitij ke us par
(Loin,__par delà l'horizon)
Andar,__sachchai ke gahrai men
(En dedans,__au profond de la vérité)
Mujhe Bhagvan ka tattva halke se chune do
(Laisse-moi effleurer l'essence de Dieu)

La partie flûte est jouée (et composée) par Vava, l'ami avec qui j'étais en Inde et avec qui j'avais formé mon groupe Santal.

"The Perfect Sum":
"La somme parfaite". Je suis assez étonné, mais c'est un de mes morceaux qui a le plus de succès en général. Ses paroles sont celles que prononce lors d'un discours le prophète Mandi dans mon roman "La Juste Parole" (qui cherche un éditeur d'ailleurs)
C'est marrant, car j'y parle de Dieu, comme dans la précédente, alors que je ne suis pas croyant, et ce sont les deux seules chansons de mon répertoire qui en parlent. Mais pour moi Dieu est plus une notion (galvaudée) qu'un être. C'est pourquoi je n'ai pas de complexe à en parler. D'autre part, dans La Juste Parole, je présente ma propre conception de cette notion, que je nomme le Grand Tout.

Mais ces chansons sur ma page Myspace seront bientôt remplacées par de nouvelles compo qui arriveront avec un nouvel album, je pense pour 2008.


La musique de Filo
Actes, l'espace de Filo

Vendredi 03 Août 2007
musiciens .biz



Dans la même rubrique :

|1| >>

Musiciens | Actualités | Auto-production | Blog musique | Chroniques CD | Mentions légales | Mp3 gratuits | Pédagogie | Vidéo


Vous écoutez rockenfolie.com

Google

Web TV


Le Robinet à Clips

Paru sur Musiciens.biz, le portail des musiciens indépendants

benjaminpopp.com benpopp.com