France de Griessen, entre grunge et countryFrance de Griessen, comédienne dans "La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti" d'Edouard Baer et après le spectacle et le cd "Billy" avec Teen Machine, s'apprète à sortir sous son propre nom un nouveau disque intitulé "Ballerina".
Vous êtes sans label. Etes-vous à la recherche d’un label ?
Oui, mais pas n’importe lequel, ni à n’importe quel prix ! Je cherche le meilleur partenaire possible, un label qui adhère à l’ensemble de mon univers - musical et visuel - et qui ait une vraie envie de le défendre avec moi. En fait, les relations face à l’industrie du disque, je crois que c’est comme pour les relations amoureuses : il ne faut pas être en demande, ni avoir besoin d’être « sauvé », et, sans être vaniteux ou prétentieux bien sûr, être persuadé d’avoir quelque chose à offrir qui vaut le coup. Ce qui fait aussi que l’on n’est pas dans l’idée de « sauter sur la première offre venue », mais bien de trouver une bonne équipe pour faire du chemin ensemble. A l’heure actuelle, j’ai deux bons labels intéressés par mon projet.Tout cela prend du temps, car des deux côtés, ce sont des décisions importantes. Vous étiez chanteuse de Teen Machine qui a sorti un album qui retrace la vie de Billy the Kid. L’ouest vous fait rêver ? Oui, c’est difficile de passer à côté de cet aspect de ma personnalité je crois ! En fait j’ai passé une partie de ma vie au Nouveau-Mexique, et cela m’a profondément marquée. En ce qui concerne Billy the Kid, dont la vie s’est essentiellement déroulée là-bas, ce sont les thèmes de la quête de liberté, de la construction d’une identité voulue, choisie et non subie qui m’ont irrémédiablement attiré. Ce genre de thème est très présent dans l’histoire de l’ouest américain, on le retrouve aussi dans la vie de Calamity Jane – qui a inspiré « La Ballade de Norma Rose » que je chante en duo avec Elliott Murphy. Au delà de l’aspect historique, il y à là-bas une forme de nature à laquelle je suis très sensible, qui m’inspire énormément : les montagnes rouges, le désert, les grands horizons, le climat, la nourriture (enfin tout ce qui est végétarien). En fait, je m’y sens profondément à ma place. Si les vies antérieures existent, c’est sûr que je viens de là-bas !
Est-ce qu’à un moment on se sent assez sûr de soi pour commencer une carrière en solo ?
Ce n’est pas tant la question de se sentir assez sûr de soi qu’une conjoncture d’évènements. Michaël Gadrat, avec qui je formais le duo Teen Machine ayant à un moment donné souhaité se consacrer à ses projets personnels, j’ai cherché à faire de la musique avec de nouvelles personnes, cette fois en mon nom propre. J’ai commencé tout d’abord avec Shanka (No One Is Innocent / Destruction Incorporated), puis les participations d’autres musiciens se sont multipliées… " Ballerina" s’est-il fait sur des rencontres ? Et bien disons que j’aurais continué à faire de la musique, quelles que soient les personnes que j’aurai trouvé pour en faire avec moi, car c’est ce qui me tient le plus à cœur. Je veux dire par là, que, en ce qui me concerne, ce n’est pas les rencontres qui sont le moteur de la création artistique, mais plutôt les projets et l’énergie de créer qui créent les rencontres… Ce qui est sûr, c’est que c’est en faisant qu’on trouve avec qui faire ! Maintenant, il est indéniable que je suis extrêmement heureuse et honorée d’avoir pu faire mon album avec des artistes et réalisateurs aussi formidables que ceux qui participent à cette aventure : Shanka (No One Is Innocent / Destruction Inc.) avec qui j’ai co-composé l’album, Elliott Murphy, Bastien Burger (Blackstrobe/ Destruction Inc.), Pierre Belleville (Lofofora /Destruction Inc.),Yann Coste (No One Is Innocent, Doppler), Vérole (Les Cadavres /Euroshima), Olivier Daviaud, Agnès Davan, Gaspard Murphy, sans oublier Maz de chez Acousti en co-réalisateur de choc ! Le soutien inconditionnel de Kemar de No One Is Innocent, qui m’a invité à jouer à plusieurs reprises, notamment en première partie à la Cigale à l’automne dernier a également joué un rôle d’importance dans le développement du projet. Rien n’aurait été pareil sans eux…
Est-ce aussi un concept album ? Y a t il un lien entre les chansons ?
Ce n’est pas à proprement parler un concept album, les chansons n’étant pas liées entre elles. Par contre il y à un point de départ d’écriture qui est inspiré librement du conte « Les Chaussons Rouges » d’Andersen : l’histoire d’une fillette des rues, qui s’est fabriquée elle-même des petites chaussures avec des morceaux de tissus récupérés ça et là. Un jour, une riche vieille femme quasi aveugle passe en carrosse et, émue par la condition de la fillette, l’invite à monter avec elle puis décide de l’adopter. La vieille femme riche lui achète de beaux vêtements pour remplacer ses guenilles, puis veut lui acheter des chaussures. La petite fille tient beaucoup aux petites chaussures qu’elle a confectionnées : elles sont sa fierté, et elle n’en veut pas de nouvelles. Finalement, dans la vitrine du magasin de chaussures, elle voit une superbe paire de ballerines rouges qui l’attirent irrésistiblement. Elle demande donc si elle peut avoir celles-là. La vieille dame lui répond que non, que ce sont des chaussures de bal, que si elle porte cela tous les jours, les gens la regarderont de travers, et qu’il faut donc qu’elle accepte une paire de souliers plus classiques. La petite fille ne veut rien entendre, ce sera les chaussures rouges ou rien. Un compromis est finalement trouvé : la vieille dame riche achète les souliers classiques et les ballerines rouges. En rentrant chez la vieille dame, celle-ci met les ballerines rouges tout en haut d’une armoire, et dit à la petite mendigote : de temps en temps, tu pourras les mettre, pour des occasions spéciales ; le reste du temps, tu mettras tes souliers noirs. La petite fille fait mine d’accepter, mais, tous les jours, elle escalade la haute armoire pour aller chercher ses ballerines rouges qu’elle porte dans la rue comme à l’église ou à l’école. Comme elle est quasi-aveugle, la vieille dame riche ne s’en aperçoit pas. Mais les gens se retournent sur le passage de la petite fille, la dévisagent avec désapprobation. La petite fille n’en à cure, elle est heureuse de pouvoir porter ses belles ballerines rouges. Au fil des jours, elle se rend compte que les ballerines « dansent toutes seules » lorsqu’elle les enfile. Bientôt, la petite fille ne peut plus contrôler les pas de danse des ballerines, ni les détacher de ses pieds. Les ballerines dansent de plus en plus vite, tourbillonnent, et emmènent la petite fille tout au fond de la forêt. Là-bas se trouve un homme avec une hache. Epuisée, à l’agonie d’avoir dansé sans relâche pendant des jours et des jours, elle lui demande de lui couper les pieds, ce qu’il fait. Il existe de nombreuses versions plus ou moins édulcorées de ce conte, mais celle-ci me paraît être la plus poétique et la plus intéressante : j’y vois en effet un parallèle avec la vie d’artiste par plusieurs aspects : l’attirance pour les choses qui ne sont pas dans la norme, le besoin de suivre une certaine voie au péril des considérations de la société sur nos choix et modes de vie. (Oui, si tu es Michel Sardou ou Johnny Hallyday, personne ne trouvera ton choix de vie hasardeux…mais si tu es moins « mainstream », que tu gagnes ta vie de manière inégale, etc.… pour grand nombre de gens tu es un genre de cas social, voire un être inutile pour les plus capitalistes…) Pour moi, les chaussures rouges symbolisent la vocation, cet élan irrépressible qui nous poussent à créer. Et l’existence de l’artiste, c’est d’arriver à trouver une forme d’équilibre bien à lui qui lui permette de ne pas « se faire couper les pieds » tout en poursuivant sa création pour pouvoir la partager avec les autres. Ce conte m’a donné envie de parler de manière assez autobiographique de ma vie d’artiste. Et puis il y a des personnages comme Calamity Jane ou Marilyn Monroe qui m’interpellaient dans leur rapport au monde extérieur vers lequel elles projetaient une image forte et marquée sexuellement d’une manière ou d’une autre. J’ai eu envie de les inclure dans ces chansons car à leur manière, elles m’ont influencée. Ma « Ballerina », c’est un hybride de longsome cow-boy et de pin-up romantique et provocante, en quelque sorte.
Comment vous êtes-vous retrouvée en duo avec Elliott Murphy ?
Je l’ai rencontré par le biais de Shanka, je lui ai fait écouter quelques morceaux, je lui ai demandé s’il voulait bien chanter avec moi et il a dit oui… J’adore les rapports simples et directs, j’ai été comblée ! D’autant qu’Elliott est un chanteur que j’adorais depuis longtemps, bien avant de le connaître. C’est donc une très jolie histoire dans l’aventure de l’album. Est-ce qu’une chanson comme « petit cœur » ou « ballerina », parce ce qu' elles sont en français, ont un plus gros potentiel radio que les autres ? Alors là il faudra demander à un service marketing, parce que…je n’en sais rien, et si je suis persuadée d’une chose, c’est qu’il n’y a pas de règle absolue. Etes-vous une fille qui tombe et se relève ? Oui ! Qu’est-ce qui fait qu’une chanson sera en français plutôt qu’en anglais ? C’est selon ce qui me vient spontanément, ce qui fonctionne le mieux avec la musique et ce dont je veux parler. Comme j’ai vécu en Europe comme aux Etats-Unis, j’ai des émotions et des souvenirs dans les deux langues, donc l’inspiration première me vient soit en français, soit en anglais. Parfois, si je trouve plus pertinent de changer (par exemple un vocabulaire aux sonorités plus intéressantes, un champ lexical plus expressif, plus poétique – ou plus cru- dans l’une ou l’autre langue), je peux traduire mon texte du français à l'anglais ou de l'anglais au français. La langue, c’est un super outil de création, comme les notes, les mots ont leur vibration magique lorsqu’ils sont invoqués par quelqu’un qui les incarne de tout son être. Entre l’anglais ou le français, le choix se fait donc selon ce qui me semble le plus en résonance profonde avec la chanson. C’est très mystique la musique en fait ! En tous cas, la vision que j’en ai. Et d’où découle aussi mon intérêt pour ce qui est magique, féerique ou inquiétant, les contes, les secrets, l’énergie brute et animale, ce qui est mystérieux, pas dans la norme, la liberté…toutes ces choses que j’essaie de mettre dans mes chansons. Les liens de France De Griessen
Le myspace de France de Griessen
francedegriessen.com Le myspace de Teen Machine Copyright des photos de haut en bas: photo 1 par Natydred live à la Cigale, photo 2 par Alain G. photo 3 avec Elliott Murphy par Jeanne Saint-Julien A l'époque de Teen MachineMercredi 30 Juillet 2008
musiciens .biz
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