Quand j'étais gamin, je livrais des écrits aux lions, entre la poire et le fromage (Ze Gutenberg / Camenbert's connection). "Tiens, Maman, Papa, lis, je t'en prie, lis un peu ce que j'ai extrait de ma petite tête..." Et puis terminé, on n'en entend plus parler, à part un "Ah oui c'est bien, bravo, t'as fait ça tout seul ? Continue".
Je continue, encore.
Tu continues.
Les Elohims continuent.
Tous les auto-produits du monde ont pour eux à présent ce que j'appellerais "la grande Oreille", nourrie à l'électricité.
JFR et d'autres sont les prêtres d'une église où nous venons prier afin qu'on ne nous oublie pas. Il y a un nouveau Dieu qui ouvre de grands yeux sur tous les blogs de la Terre, et c'est un véritable miracle, car pour la plupart vous ressemblez tant à des enfants qui ont besoin d'un peu de reconnaissance...
Mais si, mais si... toi aussi.
Tu postes tes mots dans le grand forum, sur l'autel de la chapelle, et tu ne sais pas qui va les lire en premier, mais de toute façon, tu sais que forcément à un moment ou un autre tes mots résonneront dans la tête de quelqu'un d'autre. Moi, j'appelle ça un miracle.
Qu'est-ce qu'on a à faire dans ce monde de tarés ? Bande d'inadaptés, avec vos petits poèmes dérisoires, des petits signes, des pixels, des taches.
Et pourtant : depuis Gutenberg et le Camembert, on sait bien que les mots gouvernent le monde. Pas le fric : les idées, ce sont les idées qui règnent sur la planète.
Il y a le pouvoir et l'argent sans idées, les idées sans moyens, et il y a la réunion des deux. Internet n'a pas été une idée, c'était un moyen de contrôle qui a totalement échappé à ses concepteurs et qui déborde jusque dans ta vie intime : c'est ta langue, ton oeil, tes oreilles, tes c... pour certains c'est même le sexe. Certains s'y enferment et y meurent comme des poissons dans une eau qui n'aurait pas été changée. Certains y trouvent un refuge, certains ne font que passer.
Image : il y a des millions de crânes ouverts, comme offerts sur une grande table électronique, avec des galaxies qui tournent à l'intérieur. Il y a des sortes d'entités aux bras multiples, comme ces déesses indou coloriées psychédéliques, qui plongent leurs dizaines de mains dans les têtes ouvertes telles des boîtes de conserves, pour y pêcher des mots et des mots et des mots, et des chansons, des sons et des voix et des images... reflets de la vie intérieure d'anciens enfants déçus.
On continue.
Avant qu'on nous coupe le courant, j'ai voulu que Fred trouve une résonance, j'ai voulu que ce que j'ai aimé en lisant sa poésie mène vers autre chose en moi, plus résonne encore ailleurs. Le peu que je puisse faire, modeste arpègiateur et triturateur d'accords lascifs, c'est juste une chanson.
Fred tend sa feuille de papier et Gutenberg rit jaune : ça ne s'arrêtera pas là, le miracle des mots sur le Net ne doit pas se contenter d'un "c'est bien continue". Il faut tout faire, et je remercie encore et encore tout ceux qui oeuvrent dans ce sens, il faut tout faire pour insuffler la vie sur ce média technologique qu'on a réussi à détourner en une chose VIVANTE. Une poésie qui se transforme en chanson, je sens que c'est de la vie qu'on a créé, quelque chose qui a bougé, grandi, et en plus ça a fait plaisir à au moins deux personnes. Un plaisir peut-être plus profond et important qu'on le soupçonne.
C'est marrant, rien d'extraordinaire à tout ceci, et pourtant des fois on a l'impression de saisir un petit bout de LA vérité. Parfois il faut dire les choses sans se méfier des conséquences et des jugements hâtifs, il faut juste faire éclore ses impulsions. Saint-Camembert, gardez-moi d'être parfait et mesuré ! : à vous de voir si ce qui va suivre à quelque chose à voir avec tout ça ? : tout à l'heure j'étais dans ma voiture, petit homme-fourmis, visage sans saveur, et je me suis demandé "mais où est Dieu ? Je suis sûr qu'il est là : le fait que j'y crois ou non n'a aucune importance, nom d'un fromage il est planqué quelque part". Et puis j'ai pris conscience des rayons de soleil : oui, ça ne pouvait être que ça, tout simplement parce que c'était l'EVIDENCE. Ridicule, n'est-ce pas ?
Dieu, finalement on baigne dedans tout le temps. C'est juste qu'on a pas forcément les yeux ouverts. Dans ma voiture je me suis senti super-bien, à cause de ça, pendant un moment c'était LA vérité. Et si cela l'était pendant un moment, cela l'était pour toujours.
Faîtes que nos petits poèmes restent pour toujours.
Allez, je suis dingue.
Putain, c'est pas possible, je suis peut-être un Saint.
Merde, il pleut.
La chanson est là, elle est signée Fred et Silereves, elle est partie de Fred et est passée par Silereves pour arriver jusqu'à vous,
vous la trouverez en bas de la page.
Silerêves