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Hadopi 2, l'avis des indépendants

Qui de plus indépendant que des musiciens autoproduits ? Nous avons compilé les réactions de certains d'entre-eux à l'adoption d'Hadopi...



Malin Plaisir est "pour la licence globale".

Hadopi 2, l'avis des indépendants
Malin Plaisir est un duo francilien qui propose de la chanson pop folk. Leur deuxième album, "Prenons le large" est sorti. On peut les découvrir sur malinplaisir.com.fr, leur tout nouveau site en flash qui permet de les écouter, de les entendre lors d'émissions de radio et de les voir en vidéo.


En tant qu'artiste ou comme citoyen, vous sentez-vous concerné par la loi Hadopi ?

Oui. Plus en tant que citoyen qu’artiste d’ailleurs. Cette loi s’inscrit à mon avis dans une logique gouvernementale d’ensemble qui consiste à restreindre insidieusement nos libertés, à privilégier la coercition à la responsabilisation individuelle. C’est en ce sens qu’elle me gêne le plus.
 
Vous diriez-vous victime du téléchargement illégal ?

Hélas non, j’aimerais être beaucoup plus téléchargé illégalement ! lol Cela signifierait un intérêt croissant pour notre musique. De toutes manières, le téléchargement légal a montré ses limites pour les artistes autoproduits que nous sommes. On se retrouve noyé au milieu de centaines d’autres, sans véritable promotion de la part des distributeurs (quand il ne partent pas avec la caisse comme Wild Palms) qui nous reversent des miettes pour peu que l’on ait atteint un certain nombre de téléchargements… C’est pourquoi nous n’avons pas voulu faire distribuer numériquement notre second album, contrairement au premier. Aucun intérêt.
 
Les réponses de la loi hadopi vous semblent-elles répondre à la problématique ?

Non. Cette loi est rétrograde, mal ficelée, établie sans concertation de l’ensemble des parties, une usine à gaz de plus qui n’aura à mon avis que peu d’effets.

Même si je peux comprendre que des artistes qui ont une plus grande notoriété voient d’un mauvais œil une perte de leurs revenus, les Arditi et consorts qui sont montés au créneau dans un réflexe limite pavlovien et beaucoup de mauvaise foi auraient mieux fait de s’interroger sur la nécessité et l’efficacité d’un tel texte. Le conseil constitutionnel leur a d’ailleurs envoyé une « bonne gauche » pour reprendre l’expression de l’un d’entre eux.

Personnellement, j’ai beaucoup évolué à ce sujet. Je pensais naïvement, il y a quelques années, que seule une réponse répressive pourrait endiguer le problème, qui reste entier, mais il faut être pragmatique : On aura beau expliquer aux internautes le travail et l’investissement que représente la production d’un album ou d’un dvd, on ne les empêchera jamais d’utiliser les outils dont ils disposent pour acquérir gratuitement ce qu’ils devraient payer. Et puis, le mode de « consommation » de la musique a évolué également. Mon fils ne télécharge rien par exemple, il se fait sa playlist sur des sites de streaming.

Il faut donc établir de toute urgence un nouveau système de rétribution (car je pense toujours que la création doit être protégée et donc rétribuée. - On a entendu ou lu aussi beaucoup d’inepties à ce sujet). J’étais un farouche opposant au principe de licence globale. Je ne suis pas loin de penser aujourd’hui qu’il s’agit de la seule solution pour protéger le droit d’auteur…

David Law :" Quand nous étions mômes, on dupliquait les Vinyls sur K7 audio..."

Hadopi 2, l'avis des indépendants
David Law est photographe (de mannequins de vitrine) et leader des Arkitekts qui viennent de sortir l'excellent ""Coming in the silence". Ils seront en concert à Flateurville les 12 novembre et 3 décembre.


Quel est ton point de vue sur le téléchargement pirate ?

Quand nous étions mômes, on dupliquait les Vinyls sur K7 audio et on se les refilait sans se poser ce type de questions. J’avais un Radio Cassette et j’enregistrais les titres qui passaient à la Radio…Je pense que la notion de piratage est une vaste fumisterie. On nous a tout vendu pour le faire (ordinateurs surpuissants, graveurs de Cds etc..) ne me dites pas qu’ils n’avaient rien vu venir ? Au final, télécharger m’a permis de récupérer des tas de vieux disques et d’en découvrir de nouveaux. Quand j’aime un groupe j’achète ses disques et je vais le voir en concert. Le piratage quoi qu’on en dise a permi à de nombreux groupes de se faire connaître et de remplir les salles. Les vrais pirates sont ceux qui dupliquent un Cd en grande quantité et les revendent au marché noir, le type Lambda qui télécharge un titre est juste un consommateur potentiel, un type curieux qui deviendra ou non le meilleur soutien du groupe qu’il découvre. J’ai cessé de télécharger, mais je continue à alimenter mon IPOD avec ma clef USB quand je passé chez des potes qui ont un nouveau truc que j’aime bien…Les outils ont juste changé mais on en revient au rapport Vinyl / k7..

En tant qu'artiste ou comme citoyen, vous sentez-vous concerné par la loi Hadopi ?


Alors oui, je me sens concerné, dans la mesure où nous nous heurtons à une interdiction de plus. J'en parlais pas plus tard qu'hier avec un pote à la terrasse d'un café dans lequel nous avions l'autorisation de descendre autant de bouteilles que nous voulions,
(l'alcool est "culturel" en France, on nous assassine pour un joint mais nous saouler est autorisé!),nous réfléchissions à notre jeunesse (pas si loin), aux libertés que nous avions, et il nous a semblé que les interdictions jalonnent de plus en plus notre société.
Les nouveaux "jeunes" baignent dans l'informatique depuis le biberon, la révolution des jeux vidéos, la technologie poussive, le virtuel...Le téléchargement, l'échange de données font parti de leur mode de consommation, de communication...Ils sont devenus incontrôlables. Comme je le citais plus haut, on nous a tout vendu pour le faire, il est maintenant hypocrite au possible de nous l'interdire. De toutes façons, je pense que c'est trop tard, la loi HADOPI ne pourra rien changer, la riposte graduée, les interdictions, les amendes vont durcir un climat déjà tendu.

Vous diriez-vous victime du téléchargement illégal ?

Au stade où je me trouve artistiquement, dans la mesure où je ne suis ni produit ni distribué, je diffuse gratuitement mes titres sur le web pour tenter de me faire connaître.. C'est un choix "par défaut".

Je relève une question qui m'a été posée suite à un article.
Sais-tu qu'en mettant tes oeuvres SACEM sur Jamendo ou de manière général en téléchargement libre ailleurs que sur ton site perso tu rend coupable les gens qui te téléchargent de piratage?
La réponse :
Oui je sais Tu as raison..
De mon humble point de vue, je ne cherche qu'à diffuser mes titres pour faire connaître ma musique (en groupe ou en solo)..Que puis je faire d'autre ? Oui bien sûr, les diffuser uniquement au travers de mon site (je le fais aussi, en partie) mais c'est alors renoncer à toutes plateformes et toutes web radio...Je mise comme tous sur une diffusion massive pour tenter d'accrocher quelques oreilles attentives ou des points de vue constructifs... Je ne pense pas être un musicien plus raté qu'un autre, ni meilleur loin de là,mais nous sommes tous logés à la même enseigne. Sur Jamendo, j'annonce la couleur dans le texte qui me présente, je précise que je suis un artiste Sacem...hors la loi, je le sais, mais si je suis les règles, je sais que je peux me diffuser, ni même donner un CD sans en référer...Quand au piratage, tu sais dans quelle hypocrisie tout ça évolue..Quand on était môme, on copiait allègrement des vinyles sur k7 et on se les refilait facile..et ça n'a tué personne..Toute la technologie nous a donné tout ce qu'il fallait, des doubleurs de cassettes audio ou vidéo, des chaines qui le permettaient..Au delà, depuis des années l'industrie nous vend tout ce qu'il faut pour télécharger, copier, graver à grande vitesse, et tout s'est développé si vite...Mais je ne t'apprends rien..Maintenant qu'ils nous ont tout vendu..C'est facile de dire ne téléchargez pas !! J'ai choisi de tout offrir en téléchargement libre et je défendrai celui qui sera emmerdé par le système parce qu'il a téléchargé un de mes titres... Personnellement je télécharge rarement d'autres groupes, je récupère des albums chez des potes avec ma clef USB et j'alimente mon I Pod comme ça..Je suis hors la loi ?? C'est comme à l'époque, avec les vinyles et les k7, je n'ai pas le sentiment d'être un voleur ni de spolier qui que ce soit. Quand j'aime un artiste j'achète ses cds parce que j'aime bien avoir le livret et l'objet et je vais le voir en concert..


Pour répondre à ta question, je ne me sens donc pas victime puisque c'est mon choix de me diffuser largement. J'ai déjà tenté de vendre mes titres sur des plates-formes de distribution numérique, d'une part ça n'a pas fonctionné (un inconnu ne vend rien, qui plus est noyé dans la masse des autres inconnus), d'autre part je n'ai aucun contrôle sur ce qu'il s'y passe réellement, j'ai même retrouvé mes titres proposés sous forme de sonneries de téléphones portables...
En tout cas qu'on ne me fasse pas croire que les maisons de disques et l'industrie bien pensante sont les victimes... Ces pompes à fric ont tout simplement trop tiré sur la corde et il n'y a plus de jus. Radiohead l'a bien compris, en se passant du réseau des distributeurs, éditeurs, producteurs, ils ont prouvé qu'on pouvait faire autrement, et éviter d'engraisser les non créatifs..

Les réponses de la loi hadopi vous semblent-elles répondre à la problématique ?

Pour ce que j'en sais, il règne un pseudo climat de terreur sur la toile qui fait que les téléchargements vont nettement diminuer, c'est ce qui s'est passé en Suède je crois. Mais les outils dont nous disposons ne pourront plus jamais enrayer les échanges, mail, msn, clefs USB, DVD, CDROM etc... C'est donc TROP TARD. On doit passer à autre chose, la réponse ne peut pas être dans la répression, mais dans la construction. J'aurais bien volontiers payé, comme il avait été suggéré, une somme forfaitaire pour avoir le droit de télécharger librement. Bien répartie, cette somme aurait pu rémunérer les artistes, servir à en produire d'autres, financer des concerts, que ne sais-je ? Notre problème est bien que notre société mondiale est fondée sur la sur consommation, que chaque maillon de chaque chaîne cherche à tirer le meilleur profit. Bref la branche est pourrie depuis bien trop longtemps, il est difficile de dire ce qui va advenir de tout ça, J'ai du mal à imaginer ce que sera la vie des générations futures dans un siècle ou deux.
C'est un peu toujours "après nous le déluge"....Même la planète ne s'en remettra pas.


David Law positif :-))
davidlaw.fr
myspace.com/davidlawnthearkitekts

Ben Popp, "on nous promet que la saison 3 sera formidable"

Hadopi 2, l'avis des indépendants
Ben Popp vient d'enregistrer un nouvel album avec le Ben Popp Orquestra (une dizaine de musiciens lyonnais). "Empreintes digitales sort en novembre. Il retrouvera certains de ces musiciens pour un concert le 16 janvier à St Foy les Lyon et se produira en duo acoustique aux Pères Peinards vendredi 23 octobre à St Etienne.

En tant qu'artiste ou comme citoyen, vous sentez-vous concerné par la loi Hadopi ?

Je vais essayer de ne pas répéter les propos de mes camarades qui viennent de s'exprimer avant moi. Je partage la plupart de leurs idées. Je dirai juste que l'industrie musicale (car c'est une industrie qui essaie de vendre ses produits) s'est tiré une balle dans le pied elle même avec ses prix prohibitifs. Elle a induit le phénomène de copie de masse des disques, puisque la technologie le permettait et que le prix de l'objet d'origine était exagéré.

Le partage de fichier, c'est relativement nouveau et on ne pourra pas l'éviter. C'est devenu un mode de communication, de passation de la culture et des technologies (les logiciels). Internet, ça a été pensé comme une ouverture sur le monde. Et ce monde là échappe au contrôle. Il a un rôle de contre pouvoir extraordinaire, il n'y a qu'à voir l'affaire Jean Sarkozy et les groupes facebook, les twitts, les blogs qui s'échauffent. Les pouvoirs s'inquiètent, beaucoup de choses échappent au contrôle sur la toile.

Légiférer pour protéger l'individu (quel qu'il soit) contre la diffamation par exemple, ou contre l'escroquerie me semble indispensable. Mais dans les lois pensées pour "encadrer" l'Internet, on doit garantir les libertés, celles qui font référence aux droits de l'homme. Par exemple, le droit à une correspondance (mails, messages instantannés, sms) privée.

Hadopi c'est un peu comme une série américaine, on a eu les saisons 1 et 2, on nous promet que la saison 3 sera formidable. On ne comprend rien à cet imbroglio, quelle est la position du Conseil Constitutionnel, si la loi DADVSI est encore applicable ou si Hadopi s'y substitue, quelle est la position du Parlement Européen (il me semble avoir lu qu'il la jugeait contraire aux droits de l'homme)...tout ça est un peu nébuleux pour le citoyen de base que je suis.

Moi, je comprends qu'il y a un énorme enjeu pour le pouvoir (dans tous les pays) de contrôle d'Internet et que les libertés des citoyens peuvent être en jeu.

Hadopi en liens


Samedi 17 Octobre 2009
La rédaction

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1.Posté par Francois Ville le 18/10/2009 09:40

Le téléchargement illégal aujourd'hui, ce n'est pas l'équivalent d'hier avec les copies sur K7, c'est passé au niveau industriel, on télécharge par palettes entières des albums et des films.
Moi quand je suis téléchargé illégalement, ça ne me rapporte rien, peut-être de la notoriété mais ce n'est pas palpable puisque je ne le sais pas, ce n'est pas un plaisir comme un concert avec un rapport direct avec le public.
Mais quand je suis écouté et vu sur myspace, wat, facebook, ou autre, je ne gagne rien non plus et ça c'est plus grave car ces sites ne sont que des coquilles vides, remplies par les artistes, qui attirent du traffic et donc de l'argent via les annonceurs. Les autoproduits, les indépendants ne récupèrent rien, si ce n'est encore une fois un peu de notoriété.

Reste que le téléchargement légal est super compliqué et cher, avec des problèmes de formats propriétaires. Par exemple j'ai voulu télécharger légalement le groupe Ulver et je n'y suis pas arrivé.
J'ai trouvé l'album que je cherchais sur Itunes mais mon lecteur mp3 Sandisk Sansa Fuze ne lit pas les formes AAC m4a. Je cherche ailleurs, je trouve sur amazon mais pas de bol il faut télécharger une application qui n'est pas compatible avec mon système d'exploitation windows 2000 (et oui je ne suis pas un geek...). Je le trouve aussi sur Rhapsody ou un autre je ne sais plus et on me dit que c'est un site uniquement disponible pour les Américains et Canadiens. Je vais sur le label Jesper du groupe, je trouve la boutique mais elle est fermée et me renvoie sur une site anglais où il faut payer en Livres.
Bref, j'ai abandonné !!!

2.Posté par red le 18/10/2009 10:33

yop, le commentaire de F Ville pointe deux choses intéressantes :-le téléchargement se fait par pallettes.- les sites comme myspace ne rémunèrent pas les indés.Il y a une consommation frénétique de téléchargements. Je vous dirais que j'ai offert un cd à quelqu'un à Noël et lui ai demandé à Paques ce qu'il en avait pensé. Il m'a été répondu qu'il n'avait pas eu le temps de l'écouter, que son ordinateur tournait jour et nuit et qu'il avait XXX albums à écouter en retard. Je pense que plusieurs années après ce disque n'a pas été écouté...A quoi rime cette goinfrerie ? C'est une course à la surconsommation étonnante...Dans l'imaginaire des gens la musique est gratuite, un patrimoine commun...Les myspace et myspacelike vendent de la pub, se font de l'argent sur le dos du contenu. aucune reversion pour les petits qui alimentent leur contenu. Les gros labels peuvent négocier, pas les autoproduits.

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