Jean-Baptiste Veujoz, " la chanson en général a un effet sur les groupes sociaux."






Itinéraire Bis fait suite à Itinéraire, est-ce un clin d'œil ou un concept ?

C'est plus qu'un clin d’œil. c'est un diptyque, une œuvre en deux parties. Les deux albums BD se répondent et forment un tout, même si leur tonalité est différente. Les chansons qui jalonnent des deux itinéraires sont les reflets en métaphores d'une forme de voyage personnel au long de ces années, un voyage qui s'achève avec la dernière chanson d'Itinéraire Bis qui est une forme de libération, de conclusion. Il n'y aura pas d'Itinéraire Ter, même si je ne m'interdis pas, dans l'avenir, de revenir à la forme Chanson + BD.



Sur votre album, il y a des chansons critiques envers la société actuelle, quelle peut être leur portée ?

Je suis très modeste quant à la portée de mes chansons sur la société. Les critiques que je porte sont de l'ordre du constat, de la dénonciation d'un état de fait et accompagnent une prise de conscience collective qui existe déjà sans la chanson. Mais je sais que certains artistes, en mettant des mots justes sur les situations, arrivent à m'éveiller à des problématiques, ou peuvent me mobiliser sur des sujets de société. Si mes chansons atteignent un tant soit peu cet objectif, je serais flatté.
Mais, d'un autre point de vue, je pense que la chanson en général a un effet sur les groupes sociaux. Je suis persuadé que le rôle de la chanson en tant que moyen d'expression est important et profondément ancré dans l'histoire de l'Humanité. Je fais travailler des amateurs depuis des années et je suis persuadé que chanter aide à vivre, aide à sortir des choses, douloureuses ou futiles, fondamentales ou joyeuses. Dans une société ou s'accumulent les frustrations et le mal-être, la chanson peut être une catharsis qui fait du bien à l'Homme. La portée de la chanson sur la société se situe plus à ce niveau-là, selon moi.

Je vous ai découvert avec cet album, quel a été votre parcours précédent ?

Mon parcours est sinueux. J'aurais pu être ingénieur chimiste, mais je suis devenu professeur de Physique-Chimie en lycée. J'ai chanté du grégorien une bonne partie de mon enfance, été bassiste de heavy-metal quand mes cheveux ont poussé, mais c'est la chanson qui m'a attrapé à l’École Nationale de Musique de Villeurbanne et qui m'a fait changé de vie. j'ai démissionné de l’Éducation Nationale au changement de siècle, j'ai chanté dans des bars, des terrasses, dans la rue, dans des toutes petites salles et des plus grandes, sorti quelques albums, animé des chorales, des ateliers d'écriture, créé un collectif de chanteur, Les Zondits, initié un stage festival, etc... Ne connaissant personne dans le milieu, j'ai appris à faire les choses sans aide venue d'en-haut, sans fricoter avec la crème, mais en rassemblant autour de moi un certain nombre de gens, avec qui on fédère les énergies, les moyens et les envies pour faire de la chanson un art quotidien, pratiqué par tous et pour tous.



Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous confrontez comme artiste indépendant ?

Dans mon cas, les difficultés sont celles de l'artisan : il faut savoir tout faire, de l’administratif, de la comptabilité, des réunions, monter des projets, faire des partitions, chercher des concerts, organiser les concerts, faire venir le public et j'en passe des moins drôles. L'activité artistique n'est pas ma seule activité, loin de là ! La principale difficulté est donc la gestion du temps et l'anticipation. Il y a mille choses à penser, et on est seul responsable en cas d'oubli ou d'erreur. Mon travail m'occupe l'esprit de l'aube à l'aube (comme dirait Bashung) et je serais bien embêté pour décompter mon temps de travail. Voilà selon moi la principale difficulté.
Evidement, il y a la difficulté à toucher les grands réseaux, les grandes salles, les médias nationaux, mais j'ai accepté qu'il s'agissait d'un autre monde, d'un univers qui n'est pas à ma portée. L'erreur, pour les gens dans ma situation de chanteur local indépendant, c'est souvent de se tromper d'échelle, de se donner des objectifs qui ne sont pas à leur mesure. A poursuivre des chimères, on prend le risque de la déception et de l'aigreur. Pour ma part, ma place me convient très bien et je l'ai acceptée : je vis correctement de mon art, je chante tous les jours et je fais de la musique avec un paquet de gens de tous horizons.


La singularité de votre disque vient également au livre qui l'accompagne. Comment est-il né ?

Et bien, de la recherche de singularité justement. L'universalisation des outils de production permet maintenant à tout le monde de produire un disque à peu de frais. Il en sort en permanence un peu partout alors que de moins en moins de gens achètent des disques. Je me suis donc dit qu'il fallait faire quelque chose qui sorte de la masse, qui change de ce qui a déja été vu. D'où le format différent d'un disque classique, le livret BD et l'imbrication des paroles de chansons à l'intérieur de la narration, ce qui est assez peu commun. Je ne sais pas si c'est bien, j'ai trop travaillé dessus pour avoir le moindre recul, mais je suis sûr que c'est original et que, par conséquent, ça se vend mieux qu'une simple galette sous cellophane.
J'ai donc construit une histoire à épisode qui soit cohérente avec les chansons, des personnages et j'ai demandé à François BARDIER, illustrateur, de leur donner vie. Comme j'ai fait beaucoup de choses sur ce disque (arrangements, scénario, conception, ...) , il m'a bien fallu quatre années de travail pour aboutir à ce résultat, c'est le prix à payer pour être indépendant. D'un autre côté, les ventes de disques ne servent qu'à financer mes activités et me permettent d'être autonome. C'est du circuit court appliqué à la production musicale. Dans ce modèle-là, rencontrer des personnes capables d'ouverture et curieuses de découverte est important. Pour cela, je remercie le portail musiciens.biz qui a su entrer dans mon travail en profondeur. Ce n'est pas si courant !

jeanbaptisteveujoz




Nouveau commentaire :
Twitter

Poster un commentaire.

Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 27 Avril 2017 - 06:58 Solynch, version 2.0

Lundi 3 Avril 2017 - 17:19 UBMO, l'interview