'La cinquième dimension SILEREVES'

'N'essayez pas de régler votre téléviseur...'





Il y a des disques avec lesquels on entre en résonnance. On ne sait pas pourquoi. "Patchwork" est de ceux là. Quelques questions à SILEREVES, son créateur, histoire de balayer quelques idées préconçues. C'est comme ça, le public s'approprie l'oeuvre et la déchiffre comme il le veut. John Lydon ne chantait-il pas que l'image publique était limitée ?


'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : Tu présentes ta musique comme un patchwork de sons. A l'écoute de ton disque, je trouve que la parole a une grande importance...

Silerêves : "Patchwork" ne veut pas vraiment dire ça en fait : l'indice est sur la jaquette du CD, il y a écrit "la vie est un patchwork 1979-2003", en écriture barrée. Ce n'est pas un mélange de sons, c'est un mélange de moments d'une vie, mais très étalés dans le temps. La parole en a d'autant plus d'importance, la parole, le son de la voix et les mots, c'est ce qu'on se souvient de la vie passée, comme les images. A la fin de l'album, sur le deuxième CD, la voix se fait plus absente, plus synthétique : c'est normal puisque la vie s'en va et se désincarne à ce moment là de l'histoire où justement il n'y a plus de passé. Tu vois, tout se tient. Dans mes explications, j'ai peut-être trop insisté sur les samples, c'est ce qui a pu te faire croire que le mot "Patchwork" avait ce sens.

'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : Je pense qu'il y a une vraie profondeur dans tes textes, est-ce quelque chose que l'on te dit généralement ?

Silerêves : Oui on me l'a déjà dit, on m'a aussi reproché (lorsque je composais pour un groupe) le fait de ne pas savoir faire de chansons légères, plus simples, et de vouloir mettre une dimension philosophique à chaque fois que j'écris. Mais je n'y peux rien ! L'écriture s'impose d'elle-même, je ne vois pas l'interêt de coucher sur le papier quelque chose qui ne me transcende pas, je n'en ai pas envie alors je le ferais sans inspiration, et ça serait nul. J'ai déjà écrit des paroles "pour mettre dans la musique", pour le projet de groupe "INZEBOKAL", qui se résumait à faire un truc marrant et tubesque; ça s'appelait "CUT CUT ZE RABBIT" et ça parlait d'un mec qui court après un lapin pour lui couper les... pour se venger de l'amour immodéré de sa femme envers cet animal... La musique était pas mal.

'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : Sortir un double album, est-ce une volonté artistique ou une nécessité eu égard à la quantité de musique enregistrée.

Silrêves : C'était impossible de faire ça en un seul CD : c'est réellement une volonté artistique d'avoir 2 heures pour poser l'ambiance, faire naître des sentiments humains pour à la fin désintégrer le tout. C'est vrai que j'ai beaucoup de "matériel" pour cet album, des choses que je n'utiliserai peut-être jamais. Croyez-moi, j'ai dû enlever et raccourcir beaucoup de choses. "An 2000" durait deux fois plus longtemps, il y avait une version psyché-rock de "Poême bicéphal", plein d'autres choses à intégrer dans cette histoire de réincarnations qu'est "SILEREVES/PATCHWORK", mais j'ai hésité à faire 4 CD. Le second CD était plus long, mais déséquilibré, et ce n'est que lorsque j'ai éliminé 2 chansons qui "cassaient l'ambiance" que j'ai été satisfait du résultat.

'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : a-t-il été facile de faire des choix ?

Silerêves : Je ne compte pas les CD's-témoins que j'ai brulés avant d'arriver à l'équilibre que je voulais. Pourquoi par exemple utiliser une vieille version d'une chanson plutôt qu'une autre, mieux enregistrée et plus récente ? Il y a dans certains enregistrements quelque chose de plus, d'indéfinissable, qui ne se passe qu'à un moment donné. Parfois c'était justement cette chose là qu'il fallait à cet endroit là de l'album. Ce que je veux dire c'est que tout a été pensé en fonction de l'album, du "concept" (bien que n'aime pas ce mot), alors certaines bonnes chansons n'avaient rien à y faire, même si prises séparément elles étaient parfois meilleures.

'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : Ce disque a l'allure du best of, le disque bilan en quelque sorte. Va-t-il être facile de te motiver pour le suivant ?

Silerêves : Ben tu vois, par rapport à ce que je t'ai dit juste avant (mais écoute un peu bon sang !!), que ce n'est pas un best-of. Je ne sais pas si je pourrais réunir d'autre chansons et instrumentaux dans une autre histoire, où si j'étais destiné à ne raconter que l'histoire de "SILEREVES/PATCHWORK". Comme je l'explique sur mon site, peut-être que tout tendait vers cet album, depuis le début, et que j'ai travaillé très très, mais alors trèèèèèèèès lentement. Le suivant ? C'est sûr, j'enregistre, car je ne supporte pas qu'une idée disparaisse à jamais, alors disons... dans 15 ans ? A moins que je sorte un truc fait de chansons "autonomes", tout simplement. Ou bien peut-être que je commence aujourd'hui à réunir le matos pour une histoire que je "synthétiserai" quand je serai très vieux ? Passe-moi le tarpé, please.

'La cinquième dimension SILEREVES'
musiciens.biz : as-tu l'impression d'avoir trouvé ton style ?

Silerêves : Ceux qui n'aiment pas du tout ce que je fais te diront que oui, et ceux qui aiment bien aussi. Moi je n'en sais rien, parce que je n'arrive pas à trouver le nom du style en question, et puis je me dis qu'après tout, on se fout de qualifier forcément un style avec un nom. J'ai toujours eu ce "style" dans mes enregistrements, au début j'enregistrai les bruitages avant les chansons et la fin avant le début de la cassette, je collais les chansons les unes aux autres avec du scotch. Je voulais mettre une ambiance particulière avant même de jouer la première note. Cette démarche est-elle un style ? Je ne sais pas si ma façon de composer la musique a un style, peut-être pouvez-vous me le dire ? Je ne me limite pas à une sorte de musique, je m'en fous que cela soit rock ou jazzy ou folk ou tendance électro. Si je suis vraiment concerné par ce que je fais, si je me sens inspiré, il y aura le même "style" que dans "SILEREVES/PATCHWORK". C'est le style de penser à un ensemble plutôt qu'à une chanson individuelle, surement une déformation d'avoir écouté trop de "concept-albums". C'est aussi le style de bâtir un album comme un film de ciné (intro des chansons, enchainements, etc...) : si tu regardes une scène hors du contexte, tu ne peux pas dire "j'ai vu ce film".

'La cinquième dimension SILEREVES'
Musiciens.biz : Pour en revenir aux sons assemblés, as-tu eu l'envie de sampler pour ré utiliser des matériaux sonores pré-existants ?

Silerêves : Comme je visualise beaucoup ces passages là, je les vois comme des scènes uniques, des "trous du temps" que je veux étranges et déstabilisants, ça n'aurait aucun sens d'en foutre partout. Surtout qu'ils sont en fait des éléments du passé.... imaginez vous écouter une chanson et puis tout d'un coup un son étrange sort des haut-parleurs : ça fait une vibration qui plie le temps et ouvre une porte en plein milieu de ta maison. Derrière la porte une autre dimension. N'essayez pas de régler votre téléviseur, c'est la cinquième dimension SILEREVES. Passe-moi le tarpé.

'La cinquième dimension SILEREVES'
Musiciens.biz : Ton travail est si personnel et empreint de ta solitude musicale et de ta personnalité que je ne te vois pas travailler avec d'autres musiciens. Est-ce que je me trompe ? Es-tu tenté par des collaborations ? Si oui sous quelle forme, via le net, pour la scène ?

Silerêves : Tu te trompes ! Sur l'album, et donc dans le temps puisque ce disque est intemporel, il y a au moins trois personnes qui jouent avec moi. Antoine Le Roux fait l'harmonica sur "une poussière dans l'infini", "Dieu vient quand il pleut" et "le coeur des hommes-machines" (ça c'est très récent), Jean-Marie Jeannet joue un solo électrique sur "le monde", il gratte sur "le voyage" et "nouveau départ" qu'il a co-composées (ça c'est il y a deux ans), et enfin Sylvain Rouy joue et a co-composé "Patisson walk" (et ça... mon Dieu, ça fait.... non, je ne te le dis pas). Il y avait d'autres parties de guitare ou d'harmonica enregistrées mais je ne les ai pas forcément incluses : par exemple "hors du monde" contenait des solos d'harmonica mais ils étaient trop sensuels et détruisaient l'aspect nu et mortel de la chanson (c'est la mort qui parle au pauvre type de l'histoire, avant sa troisième réincarnation). Comme j'ai pas mal joué en groupe, je connaissais des musiciens capables de faire des prestations sur mes morceaux, juste par sympathie. Et j'ai fait avec JMJ (chanteur/guitariste/compositeur de ARAL3 et plus tard APSIDE) son CD "solo", c'était pour le plaisir et le résultat était beaucoup empreint de mon... style, justement (tiens ben voilà), au point que 2 des morceaux de "PATCHWORK" sont issus de ses sessions. Quant à la scène, je n'ai pas eu l'occasion de jouer beaucoup de ces deux CD's devant le public, sauf en formation rock entre 92 et 95. C'était une sorte de "groupe dans le groupe" et les quelques chansons devaient coller au reste du répertoire (que des compos de JMJ) : alors je les chantais de très nombreuses fois, mais sous une forme trés différentes des versions de "Patchwork".

'La cinquième dimension SILEREVES'
Musiciens.biz : Comment vois-tu la suite de "Patchwork" ?

Silerêves : Pour le moment la suite de "Patchwork" est en vous, je ne la vois pas encore... C'est beau ça, non ? Attention tu vas fumer le filtre.

"Patchwork" est en vente ici

Le site de Silerêves





1.Posté par Mademoiselle Olivier le 01/11/2004 19:39
Silerêves, tu es pour nous un musicien hors-pair ! cela n'engage que nous.
Bizzz

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