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Organisation de concerts et petites combines : La face cachée de "The Versus and Friends"

Comme beaucoup de musiciens amateurs (ou en voie de professionnalisation), je galère. Je galère d’autant plus que j’aspire à jouer dans une ville et une région où la concurrence entre les groupes est rude et les pièges nombreux. Etant à la tête d’une petite formation de rock parisienne depuis plusieurs années, j’ai donc pu observer l’évolution des mœurs de la scène francilienne. J’en arrive même parfois à me demander si jouer dans des conditions décentes et acceptables relève ou non de la douce utopie. Avec le temps, j’ai donc appris à faire certaines concessions. J’ai parfois accepté de jouer dans des conditions que j’ai jugées contraires à l’esprit de certaines règles de respect et de déontologie auxquelles je croyais. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai participé à des dispositifs (tremplins, café-concert, pseudo-festivals) dont le but avoué est de profiter au maximum de la naïveté spontanée des participants. Les problèmes de considération passaient souvent au second plan.



Organisation de concerts et petites combines : La face cachée de "The Versus and Friends"
Car « jouer » pour un musicien reste la motivation suprême. Rien de tel qu’un bon live pour ressouder une équipe, progresser sur scène et faire partager sa musique à un public averti. Durant plusieurs années, j’ai donc fermé les yeux sur certaines pratiques au nom de l’intérêt qui commande à votre groupe de se produire dans un maximum de lieux de diffusion afin de toucher le plus grand nombre de personnes possibles. J’ai volontairement cautionné des pratiques qui s’apparentent objectivement à de l’exploitation économique. Mais là, j’estime que la limite de l’acceptable a été franchie. C’est pourquoi j’ai décidé d’agir et de vous faire part de ma modeste expérience afin de dénoncer une petite escroquerie qui est assez symptomatique de l’esprit qui règne dans certaines sphères musicales parisiennes.

Il y a quelques mois un ami musicien me contacte pour m’informer qu’un organisateur cherchait activement des groupes de rock pour constituer un plateau à la Péniche Antipode le jeudi 10 juin.

N’ayant pas eu l’occasion de faire beaucoup de concerts cette année, je saisi cette opportunité en lui demandant le numéro de ce fameux organisateur, un certain Yoann (Yo pour les intimes). Je l’appelle donc sur le champ avec l’espoir de décrocher une date. Au bout du fil, j’ai plutôt affaire à un type charmant qui m’expose très succinctement le deal de la soirée : 40 minutes de concert à la Péniche Antipode contre l’assurance de vendre une trentaine de préventes (30 pour être exact) dont le prix unitaire est fixé à 10€ (soit un total de 300€).

Habitué à ce genre de deal, j’accepte machinalement ses conditions sans prendre la moindre précaution, et surtout sans réfléchir aux conséquences de mon consentement. L’excitation d’une date à venir semblait avoir pris le dessus sur ma faculté de juger. Au final, je me disais que « la Péniche Antipode, c’est toujours mieux que rien ». Souhaitant écourter notre entretien téléphonique, notre ami organisateur me propose de fixer ensemble un rendez-vous pour m’exposer plus en détail les grandes lignes de son dispositif et de profiter de l’occasion pour me remettre en main propre les sacro-saintes préventes. Encore une fois, j’accepte machinalement en me disant que j’aurai tout le temps de lui poser certaines questions sur les conditions de cette soirée organisée par ses soins. C’est alors que l’histoire commence. Bienvenu dans le monde merveilleux de « The Versus and Money Friends. »

Mais voilà que ce curieux personnage et son énigmatique dispositif d’accompagnement aiguisent ma curiosité. Je décide alors de mener ma petite enquête histoire de m’informer un peu sur les motivations de cette soirée. Une zone d’ombre sous forme d’interrogation commence en effet à poindre dans mon esprit : quels bénéfices pourrais-je retirer en acceptant de me produire avec mon groupe dans une salle dont le prix de location (300€) équivaut au montant exigé par l’organisateur en termes de préventes, en sachant que les deux autres groupes avec lesquels nous étions programmés sont également soumis aux mêmes contraintes ? Je pense que vous vous doutez bien de la réponse…

Je commence donc ma petite enquête en allant jeter un coup d’œil sur les supports de communication disponibles sur Internet. Et là, première (mauvaise) surprise : les supports de communications de the Versus and Friends sont plutôt sibyllins. Jugez-en par vous-même :
myspace.com/theversusandfriends
planconcert.com/Soiree-VERSUS-Friends--1094.plan-concert

facebook.com/pages/The-Versus-Friends

Dans ce dernier support il est même écrit que : « Les soirées "The Versus and Friends" sont des événements organisés par le groupe The Versus, fameux groupe parisien glam rock. Sur scène nous retrouvons les groupes "coup de coeur" de The Versus qui auront l'opportunité de jouer dans des lieux branchés et underground ».

D’où ma seconde (très mauvaise) surprise. Après vérification, les lieux « branchés et undergrounds » proposés par Yo sont (à l’heure où je rédige ce modeste témoignage) le Klub et la Péniche Antipode, c'est-à-dire deux salles de concert qui sont habituellement accessibles à toutes formations musicales structurées en association et désireuses de louer ces deux lieux de diffusion pour organiser leur propre événement (Je dois également ajouter qu’il est possible d’organiser un événement en co-production avec la programmation de la Péniche Antipode).

Pour être tout à fait précis, il faut également savoir que le prix de location de ces deux salles s’élève à 300€ (j’ai contacté les programmateurs des deux salles que je connais bien pour vérifier le montant de la location alloué à The Versus and Friends).

Dans le passé, j’ai moi-même organisé des événements dans l’un des deux lieux de diffusion. Je pense donc être en mesure de bien connaître les rouages de ce système d’organisation. C’est alors que je commence à mieux saisir les contours de la petite combine de notre ami Yo.

Il s’agit tout simplement de louer une salle de spectacle à son prix initial et de la sous-louer de nouveau à 3 groupes qui, en échange, s’engagent chacun à reverser à l’organisation un montant équivalent à 300€ (montant qui correspond à la somme des places vendues par chaque groupe avant ou le jour même du concert). Faites vous-même le calcul et vous verrez que théoriquement une soirée organisée par The Versus and Friends est censée rapporter à son organisateur la somme minimale de 600€ (900 – 300 = 600).

Sans compter l’éventuel surplus dégagé par les groupes qui auraient eu la bonne idée de vendre plus de 30 places une fois le concert passé et les aides financières fournies par les partenaires de la soirée à ce mystérieux dispositif. En sachant que Yo organise deux à trois soirées par mois, je vous laisse imaginer les bénéfices théoriques de son petit business. Reconnaissez que l’arnaque est plutôt bien pensée. Simple mais efficace.

En soi, je ne trouve pas scandaleux qu’un organisateur de spectacle, si celui-ci fait bien son travail, touche une partie des dividendes de la soirée. Ayant déjà organisé des concerts, j’ai toujours été favorable à une répartition équitable des bénéfices (et à l’inverse partisan d’une mutualisation des pertes). Mais voilà, animé par le vice de la curiosité, je décide de poursuivre ma petite enquête en contactant directement certaines formations ayant accepté de participer à une soirée The Versus and Friends afin de recueillir leurs témoignages. Et là, troisième (très très mauvaise) surprise, mes camarades musiciens me font part de leur expérience passée. Leur récit relate les mêmes faits selon un scénario médiocre écrit à l’avance : aucun contrat n’est signé avec l’organisation lors de la remise des préventes (une petite soirée au black, çà fait toujours plaisir), aucun groupe n’a été officiellement rémunéré dans le cadre de ce dispositif, à la fin de chaque concert l’organisateur réclame son dû si un groupe n’atteint pas l’objectif fixé en termes de préventes (normal vous vous êtes engagés à venir jouer pour son compte, donc faut être réglo…), aucune retombée symbolique ou matérielle n’est à attendre de ce genre de soirée car hormis Yo et sa petite équipe, aucun acteur de l’industrie musicale n’est convié à cette petite sauterie, et enfin, aucun dispositif d’accompagnement n’est proposé par The Versus and Friends une fois le concert passé. Au menu : une vague promesse d’une première partie dans une plus grande salle, une supposée interview dans un webzine et la certitude de compter Yo parmi ses contacts précieux (on ne sait jamais, le jour où tous les modestes lieux de diffusion franciliens céderont à ce type de « racket », on sera bien content d’appeler Yo pour qu’il nous booke une petite date…).

Tous les groupes que j’ai interrogés à l’occasion ont souligné le caractère défectueux de l’organisation (absence de communication de l’événement qui est exclusivement à la charge des groupes, pas de système de distribution pour liquider les préventes, pas de défraiement pour les flyers, obligation de s’organiser entre groupes pour gérer le backline). Bref, tous les groupes que j’ai interrogés sont catégoriques : ils m’ont certifié que si c’était à refaire ils se seraient abstenus de participer à ce genre de soirée.


C’est donc en présence de tous ces éléments à charge que je décide par curiosité d’honorer mon rendez-vous avec Yo. Et sincèrement je ne regrette pas car le personnage vaut le détour. Par souci d’honnêteté, je dois dire que notre ami est plutôt attachant et sympathique. Pendant plus d’une heure, il m’expose son parcours musical, ses galères, ses réussites, ses projets. D’après ce que j’ai compris (et après vérification) il est le leader d’un groupe de rock, the Versus, qui a connu son heure de gloire dans les années 2000 en jouant notamment en première partie de groupes reconnues mondialement comme Scorpions, et qui aujourd’hui, comme beaucoup de groupes ayant connu une ascension fulgurante, peine un peu pour retrouver un second souffle. C’est pourquoi il me confesse qu’il souhaite capitaliser cette petite renommée pour organiser des soirées autour de son projet afin de se faire un petit peu de publicité. D’où la thématique de la soirée « the Versus and Friends ». A noter qu’il se présente également comme étant D.A. d’un label dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom (Il est vrai que cela produit toujours son petit effet) Par ailleurs, j’ai eu le droit au traditionnel discours paternaliste qui consiste à prodiguer certains conseils aux pauvres musiciens en quête de reconnaissance. En résumé, sa conception de la musique est assez limpide : rien ne s’obtient sans argent et tout se monnaye. Et la condition de la réussite et de la reconnaissance se résume à une vulgaire question d’investissement (il me cite l’exemple de Gojira qui aurait acheté sa première partie à Metallica). En d’autres termes, c’est la loi de la hausse tendancielle du profit qui dicte la conduite à suivre. Et pour finir, il trouve anormal et scandaleux que de l’argent public vienne soutenir la création musicale. Je vous laisse juge de cette appréciation.


Au fil de la discussion, il réitère ses conditions pour venir jouer à la Péniche Antipode (30 préventes dont le prix unitaire est bien fixé à 10€). A aucun moment il n’aborde les questions qui fâchent et je décide délibérément de le soutenir dans sa démarche afin de conquérir sa confiance. A cet instant, je savais pertinemment que mon groupe ne viendrait jamais se produire le 10 juin à la Péniche Antipode dans ces conditions. Je décide tout simplement de lui tendre un (petit) piège. Pour commencer, je lui propose de lui envoyer à son domicile un chèque de caution de 300€ censé couvrir le montant des préventes exigé. Cela me permet (vieille technique de sioux) d’avoir son nom et son adresse. Sans surprise il acquiesce en me disant que je suis un mec « réglo et carré », un mec « qui sait prendre des risques pour son projet ». Il poursuit en m’assurant que si tous les leaders de groupe agissaient de la sorte, la situation actuelle serait beaucoup plus « clean » (tu m’étonnes !). En d’autres termes, il ne voit pas d’objection majeure à l’idée que je lui achète (de manière illégale) une place pour être booké à la Péniche Antipode, même si, soyons honnêtes, il reconnait qu’il a l’habitude de réclamer son dû à la fin du concert (ce que certains groupes, ayant participé à ce genre de soiré, ignoraient parfois…).

Bien entendu pas un mot sur les conditions de l’organisation (le prix de la location, le montant des éventuelles soutiens financiers de ses partenaires, l’impression des flyers, etc…) et sur l’identité des deux autres groupes avec lesquels nous devons partager le plateau. A aucun moment il évoque l’idée d’une éventuelle redistribution des bénéfices en cas de surplus. Il ne prend même pas le temps de me demander mon adresse mail pour que je puisse éventuellement m’organiser avec les autres formations pour diffuser l’évènement. Il me confirme qu’il n’y a pas de contrat pour la soirée. La paperasse, c’est toujours pénible à fournir, à quoi bon s’emmerder ? Je lui soumets néanmoins une petite requête : qu’avons-nous à gagner à venir jouer dans ce dispositif ? Réponse laconique de notre ami : la possibilité d’être programmé dans une plus grande salle (avec j’imagine les mêmes conditions de départ), l’opportunité de faire un bon concert dans une salle sympathique avec des groupes en devenir, la certitude d’être un groupe « coup de cœur » de the Versus. A un moment donné de la discussion, je brûle d’envie de lui poser la question suivante : en temps que leader d’un groupe, aurait-il lui-même accepté de venir jouer dans un tel dispositif en connaissance de causes (c'est-à-dire en disposant des informations que j’avais récoltées avant notre entretien) ? Mais je me rétracte car je ne souhaite pas briser ce climat fraternel qui scelle notre future collaboration. Nous nous quittons donc en très bons termes. Je me retrouve ainsi en possession d’un pauvre carnet d’une centaine de préventes que je dois liquider selon mes propres moyens sans support de distribution. Un petit détail m’amuse : le prix des préventes est identique à celui des places vendues le jour même du concert (D’habitude, il semble normal de s’acquitter financièrement d’une prévente à un prix mois élevé que celui d’une place de concert achetée le jour même où alors j’ai dû mal comprendre le système des préventes quand j’étais jeune et beau, mais passons…).

Quelques semaines passent. Toujours pas de nouvelles de notre ami (hormis un vague appel sur ma messagerie vocale pour savoir si je lui avais bien envoyé le fameux chèque de caution). Un peu plus d’une semaine avant la date prévue, je ne connais toujours pas l’identité des autres formations. Je décide alors de le rappeler pour obtenir cette simple information. Il me répond que sa mémoire est un peu défaillante mais par chance il me cite le nom d’un groupe dont je connais la renommée. Il me demande également combien de préventes je compte liquider avant la soirée. Il ne se doute pas encore que ma formation annulerait sa prestation scénique quelques jours avant la date du 10 juin.

Le lendemain, je décide alors de contacter les membres de ce groupe censé partager avec nous la scène de la Péniche Antipode en les alertant sur les carences de l’organisation. N’étant pas au bout de mes surprises, je découvre sur leur site que le flyer officiel de la soirée mentionne la présence de 4 groupes et non 3 comme prévu initialement. C’est ce même flyer que je retrouve sur le site de la Péniche Antipode (voir ci-dessus). Très vite s’en suit un échange de mails avec les représentants des deux autres groupes, échange dans lequel je leur expose les grands principes de l’arnaque et leur annonce mon intention de ne pas cautionner ce genre de pratiques que je juge tout simplement inacceptables. Je leur annonce également mon désir d’annuler brutalement notre prestation scénique pour alerter les différents acteurs des musiques actuelles et sensibiliser le public à ce type d’escroquerie dont sont victimes les formations musicales les plus vulnérables, à savoir les amateurs ou les projets en voie de professionnalisation.

Mes camarades musiciens comprennent mon point de vue, admettent que certaines zones d’ombre persistent sur les conditions de déroulement de la soirée mais souhaitent néanmoins maintenir la date en espérant négocier directement avec Yo à la fin du concert quitte à durcir le rapport de force.

(N’ayant souscrit à aucun contrat, je leur rappelle qu’ils sont tout à fait en droit de refuser les conditions du dispositif). Contrairement à nous, ces deux autres groupes n’avaient pas toutes les cartes en main (à titre d’exemple un groupe ignorait totalement qu’à la fin du concert Yo exigeait sur le champ la différence pécuniaire si un groupe n’avait pas rempli ses objectifs de préventes). De plus, ils se sont laissé séduire (malheureusement comme tant d’autres…) par le discours mielleux de notre ami organisateur. Ils m’avouent qu’ils ont accepté de jouer le jeu et qu’ils sont en mesure de satisfaire aux exigences de l’organisation en termes de préventes. N’étant pas là pour les juger mais pour les prévenir de mes intentions, je leur réponds que je comprends tout à fait les problèmes que peuvent occasionner une annulation de dernière minute (remboursement des préventes, frustration d’une date annulée, problème de crédibilité, etc…).

A aucun moment, je ne les ai forcés à épouser ma méthode en les laissant libres d’apprécier la situation et d’agir comme bon leur semblait. Mon seul regret est de ne pas les avoir contactés plus tôt pour essayer de les convaincre des réels bénéfices d’une annulation de dernière minute (la veille pour être précis) et de monter ensemble une riposte cinglante contre ces pratiques inadmissibles. Mais si je leur avais exposé deux ou trois semaines avant la date du concert mon intention d’annuler notre prestation scénique, peut-être que mon groupe aurait été déprogrammé bien avant le 10 juin et remplacé par une autre formation qui aurait accepté malgré elle ces conditions scandaleuses. Tout mon travail de dénonciation n’aurait donc servi à rien. Et vous allez voir que par la suite les faits vont me donner raison.


Trois jours avant le concert, je reçois l’appel tant attendu de l’organisateur qui me soupçonne de lui faire un coup « foireux ». Inutile de vous préciser qu’il était plutôt de mauvaise humeur (ah ouais ?). Peut-être avait-il enfin trouvé le temps d’aller jeter un petit coup d’œil sur notre site où j’annonçais notre intention de nous retirer de la programmation du concert. D’entrée de jeu, j’ai eu droit à la traditionnelle menace. Il me certifie qu’il fera tout son possible pour mobiliser ses réseaux pour « anéantir » mon projet (Par ailleurs j’ai appris par les autres membres des deux groupes qu’il aurait fait courir le bruit que j’étais en quelques sortes jaloux de sa réussite musicale et qu’il comprenait mon sentiment d’impuissance et de frustration, papa Freud si tu nous entend…).

N’étant pas certes du « milieu » pour reprendre ces termes, mais ayant quelques contacts institutionnels précieux (associatifs, politiques), je lui réponds que je ne laisserai pas passer cette histoire et que j’irai jusqu’au bout de ma logique, à savoir que je contacterai les différents acteurs des musiques actuelles afin de les alerter sur ce genre de pratiques. Autrement dit, je lui propose gratuitement de lui faire un petit coup de pub pour son dispositif, sympa non ? Il tente également la voie de la culpabilisation en soutenant que cette annulation brutale aura pour conséquence de priver un autre groupe de venir jouer à la Péniche Antipode ce soir là et de devenir un groupe « coup de cœur » de the Versus (Ce qui est faux car je sais qu’il a fait tout son possible pour reprogrammer à la dernière minute le fameux quatrième groupe qui devait initialement partager cette affiche avec nous mais que j’avais déjà contacté pour les prévenir de la combine). Par charité, je vous passe les détails de cet entretien (viril mais correct il faut l’avouer). Et après lui avoir exposé tous mes arguments dénonçant ses petites combines, notre ami Yo reconnaît que j’ai effectivement raison et qu’il a commis quelques erreurs. Il admet qu’en tant que musicien il a lui-même été victime d’abus (un musicien abusé qui exploite d’autres musiciens en toute connaissance de cause, je vous laisse juge de cette appréciation…). Avec une certaine mauvaise foi (mais avec un certain art de la dialectique), il m’avoue qu’il était actuellement en train de réfléchir à une éventuelle remise à plat de son dispositif dès la rentrée prochaine et que mon petit acte d’insoumission venait en quelques sortes confirmer ses doutes sur la viabilité de son business (Ah moi, si je peux rendre service…). Et pour finir (je vous réserve le meilleur pour la fin), il me demande si je suis prêt à travailler en collaboration avec lui pour redéfinir le « process » (encore une fois ce sont ces termes) de son dispositif. Autrement dit, il souhaite m’associer à son futur projet d’organisation de concert sur Paris (Helium and the Versus Friends ?) et voit finalement en moi, non un adversaire avéré, mais un potentiel collaborateur ! Il me promet qu’il m’enverra par mail les termes du contrat début juillet. Affaire à suivre donc….

Le lendemain, je reçois un coup de fil de la directrice de la Péniche Antipode. Elle me demande de publier un petit communiqué sur facebook afin de préciser que la Péniche Antipode tenait à se désolidariser de l’organisation de ce concert. Il est vrai qu’à aucun moment je n’ai souhaité contacté la programmation de la Péniche Antipode car je sais, par expérience, que certains lieux de diffusion, une fois le contrat de location signé, ferment les yeux sur certaines pratiques. Et comme j’ignorai la nature du lien qui unissait ce lieu de diffusion et l’organisation, j’ai préféré ne pas avertir la programmation de la Péniche. Après lui avoir exposé les motivations de notre annulation, la directrice de la Péniche Antipode m’assure de son soutien, se dit elle-même victime d’une petite arnaque et décide d’annuler le contrat avec The Versus and Friends dont elle condamne fermement le « process ». Il est vrai que la Péniche Antipode est plutôt un lieu réputé pour sa convivialité et qui n’hésite pas à prendre des risques pour soutenir la création artistique. Elle décide également de redéfinir les modalités de l’organisation de la soirée en proposant aux deux autres groupes un contrat en co-production dans lequel il est stipulé que ces mêmes groupes toucheront une partie (40%) de la recette de la soirée. Et pour finir, elle me propose de revenir jouer à la Péniche Antipode avec mon groupe cet automne selon les mêmes modalités. Je me dis alors que ce petit geste d’insoumission aura au moins servi à quelque chose.

Quelles leçons à tirer de cette petite mésaventure ?

Je ne suis pas naïf. Je sais bien que cet épisode ne changera pas fondamentalement la donne. Le rapport de force entre les organisateurs d’événements et les artistes en voie de professionnalisation est tellement en défaveur de ces derniers que ces abus perdureront en toute impunité. Face à une concurrence exacerbée par la raréfaction de l’offre des lieux de diffusion, beaucoup de formations musicales sont prêtes à faire tous les sacrifices pour accéder à une certaine forme visibilité et de reconnaissance parce qu’elles se sont résignées à l’idée que la musique est un univers fermé qui a son propre mode de fonctionnement. Comment expliquer que beaucoup de musiciens (et moi le premier) acceptent de se prosterner devant un tel système d’exploitation dont ils sont les premiers à dénoncer le mode de fonctionnement lorsque celui-ci produit ses effets inacceptables dans d’autres secteurs d’activité ? Face à la montée en puissance de ce phénomène, je n’ai pas de recettes miracles.

Je peux juste vous prodiguer quelques petits conseils :

Tout d’abord, ce témoignage s’adresse aux petites structures de diffusion : si tout comme nous, vous souhaitez soutenir la création musicale dans toute sa diversité, ne vous laissez pas avoir par ce genre de pratiques inadmissibles sous prétexte que l’on vous verse le montant d’un loyer pendant une soirée. Eviter de déléguer l’organisation de vos soirées à des intermédiaires qui ne cherchent qu’à investir ces lieux afin de profiter de la raréfaction de l’offre des lieux de diffusion et de profiter au maximum de la vulnérabilité des musiciens. Imaginez un instant la situation à Paris (ou ailleurs) si ce type de méthodes d’organisation se généralisaient à tous les lieux de diffusion encore aujourd’hui accessibles ? J’en appelle donc à la responsabilité des programmateurs des lieux de diffusion afin que de telles pratiques soient définitivement prohibées.

Quelques modestes conseils pour mes camarades musiciens : Essayez toujours dans la mesure du possible d’organiser vos propres événements musicaux en évitant de passer par des dispositifs qui ciblent des lieux de diffusion qui vous sont encore accessibles. N’hésitez pas non plus à vous structurer en collectif ou en association (et à faire une demande de licence de spectacle). Si vous signez un contrat avec une production ou une salle de spectacle, exigez toujours de négocier un contrat en co-production dans lequel il est stipulé que vous percevrez une partie des bénéfices de la soirée. Informez-vous sur les conditions d’organisation de ces soirées et n’hésitez pas à contacter des musiciens pour recueillir leur témoignage. N’ayez pas peur de dénoncer certains dispositifs qui vont exploitent honteusement en diffusant votre témoignage sur vos supports de communication. Ne cédez surtout pas au chantage et ne craignez pas d’annuler une date à la dernière minute si vous estimez que l’on ne vous respecte pas. Au final, vous en retirerez davantage de bénéfices car on commencera à vous respecter et à vous prendre au sérieux.

Voici quelques sites qui peuvent vous aider en cas d’arnaques :
http://www.facebook.com/photo.php?pid=37214628&id=37615362#!/group.php?gid=125583214129921

myspace.com/crevard
sosthenardier.free.fr/

Le fameux flyer du concert….


Mauvais plateau, mauvais horaire, et une bonne petite pub pour the Versus !

J’espère que beaucoup d’entre vous se retrouveront dans ce modeste témoignage.

Vince et Hélium, à n’en pas douter un groupe « coup de cœur » de the Versus


Samedi 12 Juin 2010
Vince et Hélium

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1.Posté par jules.crisou le 10/10/2010 20:10

C'est très courageux et très bien de dénoncer de telles arnaques. Je suis toujours scandalisé de voir à quel point certains ont la capacité sans la moindre conscience, de s'accaparer le bénéfice du travail des autres. Mais rassurez-vous, ce genre de personnages ont rarement de vrais talents, à part celui du fric.
En tout cas, merci pour tes conseils et pour le temps que tu as passé pour nous écrire ton expérience.

2.Posté par White Note le 26/04/2011 12:25

Et en plus, c'est bien écrit ! Et cela devient chose rare.

Je suis en effet tombé récemment sur ce fameux Yo et ses propositions alléchantes, et j'ai visiblement eu raison de refuser ses conditions. Toutefois, nous avons joué à la Scène Bastille dans des conditions semblables, peut-être à tort. Nous voulions avoir la Scène Bastille sur le "CV" en quelque sorte, et il nous fallait une salle importante (j'entends par là qu'il fallait qu'elle puisse accueillir du monde et permettre un son de bonne qualité) pour faire ce concert à l'occasion de la sortie de notre premier album "Undo Me".

Il faut bien admettre que la location de cette salle coûte cher, compte tenu des employés qui y travaillent (techniciens, barman, videur...). Nous avons fait de maigres bénéfices grâce à l'important public qui s'est mobilisé, et aux CD que nous avons vendus ce soir là.

Difficile de faire la part des choses, de savoir ce que l'on est en droit d'accepter ou de refuser selon la "norme", de ne pas opposer intégrité et naïveté...

Merci pour votre article, intelligible, détaillé et objectif (me semble-t-il).
http://www.whitenote.fr

3.Posté par abbou le 03/09/2011 19:04

Trés bon article qui relate enfin de la réalité des milieux musicaux parisiens!
Continuons à agur pour éradiquer ce genre de phénomènes!

Amicalement
Yohann
http://myspace.com/yohannabbou

4.Posté par yoann le 02/11/2011 20:46

je te rassure (ou pas), le dispositif arrive en province, à Lyon exactement:
Salut!

Je fais suite au message Plan-Concert.

Alors voilà le concept!

La nouveauté par rapport à l'année dernière est que les groupes qui nous plaisent vraiment auront la possibilité d'être directement sélectionnés pour le tremplin Les Ames Du Rock de l'année prochaine et auquel il y a à la clé un budget de 5000e pour enregistrer un EP.

Il me faut 5 groupes, 25-30 minutes de jeu chacun, y'a un back-line de base(1 batterie, 1 ampli basse, 1 ampli guitare). 25 min c'est tjr un peu short je vous l'accorde mais La Marquise continue de nous imposer des horaires à la con donc on essaye de faire au mieux pr tt le monde. On s'occupe de la com, la logistique, la sono, le catering et j'en passe...

Il faut m'assurer par contre 25 pré-ventes, tout ce qui est vendu en plus des ces 25 on fait 50/50. Attention! Ne pas s'engager si on est pas sur de faire un score correct, si les groupes ne jouent pas le jeu ça nous coûte très cher...

Les pré-ventes sont à 10e, sinon c'est 12e sur place. Il faut bien dire à votre public que c'est 10e certes mais pour 3h de musique, c'est pas rien!

Ce type d'évènement peut être très intéressant pour les groupes locaux qui peuvent ramener pas mal de monde sur une date, vous vendez par ex 50 pré ventes ça vous fait un cachet de 125e.

Si vous êtes toujours partants on fixera le rdv avc mon collègue abdelhak de la FTW avec qui je co-organise l’évènement.

Musicalement!!

pourles 5000€, je demande à voir

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