Signer un contrat ? dans quelles conditions ?





Nous publions le témoignage de "Sourire du Sud" qui après avoir signé un contrat s'est trouvée liée à un producteur qui ne semble rien faire pour développer sa carrière. Oui, mais voilà, contrat d'exclusivité....


j'ai lu sur notre forum que tu avais signé avec un label et que tu souffrais des clauses restrictives de ce contrat.
Reprenons par le début. Tu rencontres un producteur, qu'est-ce qu'il te propose et qu'est-ce qu'il fait ?


Celui ci me propose de me produire, de me diffuser sur internet (plateformes légales : virgin, fnac, mcm etc). Pour cela il faut que nous ayions un contrat, donc il me propose un contrat qui me lie à sa maison de production et au studio qui lui appartient.

Est-ce qu'il investit de l'argent ?

Pas directement pour moi (ou les autres artistes dans mon cas) en tout cas. Il investit pour la creation d'un site qui regroupe tous les artistes de sa production, négocie des contrats avec les plateformes, et il achète du materiel pour le studio, pour améliorer la qualité des arrangements.

Est-ce qu'il te demande de l'argent ?

Il m'a demandé de financer mon site personnel (lié au site de la production) à hauteur de 300 euros, alors que je suis moi meme capable de me faire un site et souhaitais le faire. J'ai demandé le temps de trouver le financement, et il m'a rétorqué que les autres artistes avaient payé pour avoir leur site et que donc , la meme regle devait etre appliquée à tous . Donc j'ai fait un chèque de 300euros. Par la suite, il ne m'a rien demandé : ni ce que je voulais voir figurer, ni les coloris ou l'organisation du site, ni les photos que je souhaitais qu'il montre ou ne montre pas, et j'ai découvert le site à ma grande stupeur : il ne me plaisait (et ne me plait) pas du tout. Lors que j'ai expliqué que ce site ne me représentait pas, qu' il était truffé de fautes d'orthographe et d'erreurs sur ma biographie, que les photos n'etaient pas celles qui me mettaient en valeur , que je n'appreciais pas qu'il y ait un onglet "tarifs" dans mon site d'artiste (je trouve ça très malvenu...), il m'a dit "tes commentaires sur le site, tu les gardes pour toi".


Sourire du Sud
Sourire du Sud
Quelles sont les clauses inscrites au contrat qu'il ne respecte pas ?

J'ai un contrat d'artiste et d'exclusivité dans lequel nous avons chacun des engagements vis à vis de l'autre. En fait, il ne respecte aucun des engagements impliquant un investissement financier de sa part :
-1ere clause non respectée, il n'assure pas ma promotion (il refuse de me fournir des affiches, de me presser 200 ou 300 cd pour que je puisse les vendre à mes proches ou lors d'eventuels galas, il ne fait aucune action de promotion ou de marketing, contrairement à ce qui est stipulé dans le contrat, et il ne me propose aucune scène me permettant de me produire et me faire connaître. Il ne met pas non plus de tourneur à ma disposition). En bref, il n'investit pas un euro pour moi, ni pour les autres artistes d'ailleurs, à l'exception de ... sa fille (qui elle, a quelques centaines de cds pressés et prêts à être distribués, et deja à son actif plusieurs albums).
-2eme clause non respectée, celle selon laquelle il s''engage à financer mes frais de promotion (j'ai payé mon site, et j'ai egalement payé mes frais de deplacement et de logement pour la seule et unique chose qu'il m'ait proposée en plus de 7 mois : une télé à Paris, sur une chaine cablée , dont les retombées ont été NEANTES, mais qui m'a couté dans les 300 euros une nouvelle fois).
-3eme clause non respectée : le contrat spécifie qu'à sa signature, un budget de promotion doit être établi par les deux parties en accord. Or, jamais ce budget n'a été fixé. Il n'y aucun budget de promotion me concernant, et pour cause, il n'a aucun argent à investir pour moi -ou un quelconque autre artiste du "label".


A t-il des échéances selon lesquelles il devrait avoir agi dans l'intérêt de l'artiste ?

Il est censé m'avoir proposé un certain nombre de scènes dans l'année, et egalement produit dans son studio un album par an. Je ne pense pas que ce sera le cas lorsque mon contrat arrivera en décembre à l'échéance cruciale. Je n'ai plus mis les pieds au studio depuis plusieurs mois, ni eu de contact telephonique avec lui ou notre compositeur attitré (qui refuse d'ailleurs que l'on travaille avec qui que ce soit d'autre que lui, meme si c'est dans notre studio - ce qui m'a valu de devoir abandonner des projets sympathiques avec des amis à moi qui sont compositeurs). Lorsque j'écris par mail, il ne prend pas la peine de me répondre. Il fuit. La derniere fois que je l'ai vu, je lui ai demandé de m'ajouter un avenant au contrat pour me permettre au moins de jouer dans un groupe et d'envisager de faire de l'auto production avec ce groupe (je n'ai pas envie de bloquer les musiciens qui jouent avec moi), il m'a promis de me faire cet avenant... c'etait il y a presque deux mois ,et je l'attends toujours.

En quoi te sens-tu emprisonnée ?

Je me sens emprisonnée de plusieurs manières (j'en ai évoqué certaines précédemment) : je n'ai pas le droit de travailler avec quelqu'un d'autre ou dans un autre studio, je n'ai pas le droit de gagner de l'argent en chantant pour moi meme, ils ont un droit sur tout ce que je pourrais gagner, meme réalisé seule et avec d'autres titres. Je leur appartiens totalement ,quoique je fasse, et quoique je chante. Je n'ai pas le droit d'enregistrer pour des amis compositeurs, ou de faire mes propres chansons.Ils ont aussi un droit dessus.
Si encore j'avais le retour, c'est à dire une promotion , des scenes , des cds, mais on me bloque sans rie n me proposer en échange. Donc je ne peux rien faire ! Je vais devoir stagner pendant 3 ans.

Si également j'avais des chansons suffisamment "à mon image", et suffisamment "bonnes" pour me permettre de démarcher et trouver moi meme mes scenes, mais ce n'est pas le cas. La particularité de ces gens est de miser sur la quantité et de construire album sur album à une vitesse grand V , donc forcément en baclant le travail (pour info mon album de 12 titres a été enregistré en ... 3 mois !). J'ai essayé au départ de me prendre par la main , j'ai démarché, je me suis décarcassée pour me faire ma propre pub, mais j'ai du affronter constamment les memes critiques, celles auxquelles je m'attendais d'ailleurs : quand je me présente aux radios ou pour des scenes avec ces produits, on me fait comprendre que ma voix est tres jolie mais que les arrangements, ce n'est pas ça du tout ,et que donc , je n'ai rien à espérer. Donc, je suis coincée avec eux aussi , je ne peux meme pas tourner avec leurs chansons !
J'ai encore en travers notre passage chez sony, où il s'est permis de refuser une proposition qui aurait été intéressante pour moi : ils m'auraient signée mais à la condition d'avoir à leur tour l'exclusivité. C'est à dire que mon producteur devait accepter de me lâcher totalement , et que sony refasse, ou change les titres que nous avions faits ensemble. Ils ont refusé, les négociations se sont arretées là...
Juridiquement, voici donc où j'en suis : stagnation totale.
Dans la pratique, j'ai entrepris d'avancer tout de meme et de faire ce que je souhaite faire avec des gens qui m'écouteront d'avantage et me font des choses qui me conviennent plus. J'ai donc trouvé un groupe, et quelques compositeurs avec qui je bosse, et j'apprécie d'avoir du choix, de n'être liée à aucun d'eux, et donc de pouvoir faire des choses tres variées.

Comment le contrat peut-il être dénoncé ? A quelle échéance ?

Je pense que je pourrai dénoncer le contrat et le faire déclarer caduque en fin d'année, lorsqu'il aura 1 an, parce qu'ils ne m'auront pas contactée pour une seule scene, ni proposé quoique ce soit , meme pas le fameux album que nous sommes censés faire chaque année. Pour le moment , je me renseigne sur les demarches à suivre, et j'avance de mon côté. JE repars de 0.

Concrètement qu'a apporté ce producteur ?

Il m'a diffusée sur les plateformes legales de distribution, et c'est toujours ce qu'il met en avant lorsque je lui fais comprendre qu'il ne fait rien et que nous stagnons. IL me dit que j'ai beaucoup de chance d'être en vente sur les sites de virgin et de la fnac (mais à quoi bon etre en vente, si personne ne me trouve, ne me voit...).
Le comble, c'est que le peu d'albums que j'ai pu vendre (à des amis ou de la famille), je n'en verrai pas la couleur : il empoche près de 50 % des ventes et m'en laisse juste 10%. En gros je ne touche meme pas 1 euro par album vendu. Le reste va dans sa poche.
Je crois que je lui ai apporté plus qu'il ne m'a apporté, parce qu'à moi, ça m'a couté 600 euros + les à-côtés , c'est à dire pas mal d'investissement personnel et financier, quand j'etais dans la periode où j'y croyais et que je faisais tout pour que ça marche : j'ai démarché, fait moi meme mes affiches, mes cartes de visites, les coups de fil, j'ai acheté des tenues de scenes , car il m'avait promis de fabuleux plateaux, que j'attends toujours ... (pour info, il m'avait parlé de faire la 1ere partie de calogero, ce qui déjà m'avait tout de meme semblé bien étonnant...).
Pour redevenir positive, je crois qu'il m'a par contre redonné l'envie et la confiance que je n'avais pas... malgré la faible qualité de mes produits, beaucoup de gens du métier se sont intéressés à moi et ont décidé aujourd'hui de m'aider, et veulent travailler pour moi. Et je n'ai jamais eu autant envie qu'aujourd'hui de m'investir dans la musique, parce que tous ces gens croient en moi, et que grâce à eux, je commence aussi à y croire.

Avais-tu,toi, les moyens de réussir ta promotion et la mise en place de tes chansons aussi bien que ce qu'il a fait ?

Comme je l'ai dit precedemment, j'ai essayé , avec mes petits moyens, de me debrouiller,de me faire moi meme la promotion qui me faisait défaut. D'abord parce qu'il m'avait convaincue que je devais m'investir pour y arriver, et que ce n'etait pas son role, et ensuite, parce que j'avais envie de donner et de bouger.
Je ne roule pas sur l'or, donc mon champ d'action a été tres limité. Par ailleurs ,des affiches faites maison, on ne peut pas les mettre n'importe où. Se faire diffuser dans les endroits publics (supermarchés, magasins, etc) c'est des frais sacem. Bref je me suis heurtée à tout un tas de murs, financiers, administratifs, que lui aurait peut etre pu dépasser. Je n'ai pas pu faire grand chose, que contacter tous les gens que je connaissais, mais n'ayant meme pas d'agent ni de tourneur, difficile de taper dans les gens du milieu... beaucoup d'energie pour rien...

En résumé, si c'était à refaire ?

Si c'était à refaire , je dirais non. Je ne suis pas prete , une fois que ce contrat sera declaré caduque, de re signer un contrat avec un quelconque label. Je ne vois pas l'intéret : ces petits labels n'ont pas les moyens des grands pour nous permettre quoi que ce soit, par contre ils ont le pouvoir de se faire de l'argent sur notre dos, et de bloquer notre avancement.
Chanter avec qui je veux, où je veux, tant que je veux, et ce que je veux, c'est tout ce que je souhaite, et c'est tout ce qui compte, au delà du fait de devenir quelqu'un qui vend beaucoup de cds. Je m'en fiche un peu de vendre des cds , de devenir celebre ou pas, j'ai plus envie de faire de la scene, de me faire plaisir ,et de me sentir evoluer dans le milieu, peu importe l'aboutissement.
Je crois qu'aujourdh'ui, on est tout à fait capable, meme à un petit niveau, de "tourner" regulierement ,ou meme de se faire un album auto produit que l'on vendrait sur internet ou meme ailleurs, sans avoir pour autant un producteur qui se sert.
Signer un contrat , oui, avec quelqu'un qui assume, et qui investit... (et encore, ces gens qui investissent imposent souvent leurs regles et font parfois faire des choses à leurs artistes que ces derniers ne souhaitent pas vraiment. Je n'entrerai pas dans le detail mais je connais certains nouveaux talents récemment signés chez l'une des grandes majors qui sont aujourd'hui totalement manipulés, de vrais pantins à qui l'on ne demande pas ce qu'ils souhaitent chanter).
Je terminerai ainsi :la liberté n'a pas de prix, ça m'aura servi de leçon.




1.Posté par Tracy le 28/06/2006 20:44
j'ai lu avec attention toute cette interview et cela me fait penser à certains contrats que j'ai pu voir...Je ne sais pas si la Sacem rend aussi ce service, mais le département juridique de la Suisa (sacem suisse) contrôle gratuitement tous les contrats que les artistes peuvent lui soumettre et fait des commentaires qui peuvent bien nous aider à trier les blaireaux des gens sérieux.

normalement tu dois pouvoir casser ce contrat sans trop de problème vu qu'il a investi 0 euros sur toi, à mon avis il ne pourra rien faire pour te casser ou te bloquer...

quand à faire un bon album en 3 mois...j'ai fait le mien (13 chansons) en 10 jours + 2-3 jours de mix et mastering et je pense que la qualité est plus que bonne!(en tout cas ca passe en radio)

voilà j'espère que tu pourras casser le contrat et que tu retrouveras ta liberté...après tout les producteurs ne servent plus à grand chose de nos jours!

2.Posté par Pierre le 03/07/2006 19:11
Le DIY (do it yourself) ça a du bon, mais quand tu es créatif tu n'es pas forcement performant à tous les niveaux : com, commerce, comptabilité, droit etc... ce qui implique la possiblité de se rater à un moment ou un autre sans compter le temps à investire pour être un minimum compétent dans toutes ces disciplines.
Le plus important c'est d'avoir du temps pour créer, et être chef d'entreprise ce n'est pas forcement le meilleur job pour ça. Après on peut dire ce que l'on veut mais il y a du bon dans les majors et les indies, le tout est de trouver la structure où l'on se sent à l'aise, libre et bien entouré.
Et comme le dit Tracy : 3 mois pour 12 titres c'est déjà beaucoup !

bon courage

3.Posté par Alain Escobar le 23/08/2006 13:21
Salut à toutes et à tous,
J’ai bien lu le document concerné et cela m’as tout de même laissé un peu perplexe.
De quoi s’agit-il ? D’une société de prod ou d’un prod qui « signe » un artiste et qu’il ne fait pas tourner.
D’un autre côté, du dit artiste qui se plaint de ce manque « d’attention » du prod.
Mais c’est quoi, un prod ? Quelqu’un qui à « misé » sur un artiste pour que tout le monde gagne de l’argent.
Alors, quel intérêt aurait-il à ne pas faire son travail ?
Il n’y à pas beaucoup de réponses possible :
1- L’artiste n’est pas à la hauteur souhaitable. Il a un avenir mais il faut qu’il travaille.
2- L’artiste est bon mais son répertoire ne convient pas aux goûts du moment, donc pas de demandes.
3- L’artiste « ne passe pas », pour des tas de raisons qui vont de la photogénie au simple contact humain.
Il faut être parfaitement clair et tant mieux si ça fait mal, cela a le mérite de faire avancer les choses.
Un producteur n’est pas un mécène ! Et comme tout chef d’entreprise, il n’est pas là pour jeter de l’argent par les fenêtres.
Je fais ici allusion au terme : se mettre de l’argent dans les poches ! Il y à bien longtemps que ça ne marche plus comme ça !
S’il n’arrive pas à placer son poulain, il va le laisser un peu de côté et tenter de placer des artistes plus demandés.
Cela dit, il à quand même eu confiance, parce-que trois mois de studio pour un album 12 titres, ce n’est quand même pas rien !
Comme disait un autre contributeur sur cette affaire, un studio d’enregistrement n’est pas une salle de répétition, et les artistes doivent être parfaitement au point avant d’entrer pour enregistrer.
Voilà, je vais arrêter là en disant une fois encore de ne pas toujours crier « haro sur le baudet ».
Autre chose, pour que tout soit bien clair : tu auras deviné sans peine que je suis producteur, plus exactement manager d’artistes, mais laisse moi te dire que en 34 année de showbizz, je n’ai JAMAIS fait signer un contrat à qui que ce soit, sauf bien sûr les contrats de concerts, et au coup par coup.
Alain Philippe Escobar
alain@kapa2.com

4.Posté par Biville Yann le 24/08/2007 14:34
Bonjour,

Cette expérience difficile pour l'artiste est intéressante. Elle démontre bien toute la complexité de l'économie du disque et de la sène pour un nombre sans cesse croissant d'artistes en attente d'une reconnaissance professionnelle et publique. Cependant, je mesure mes propos par rapport à M. Escobar, le développement de carrière d'un artiste est une aventure commune, difficile et longue jalonnée d'échec et de réussite. C'est d'une certaine manière ce qui permet à l'artiste de se construire. La contractualisation est le moyen de coucher sur papier les devoirs et les obligations de chacun pour une certaine durée. Si l'on en croit le témoignage de "Sourire du sud", l'expérience et la manipulation l'ont emporté sur la naiveté. La crise du disque visiblement n'a pas ralenti la propension de gens malhonnêtes et peu scrupuleux sur leurs engagements à tenir. Avant toute signature de quelque contrat que ce soit, il convient (c'est toujours plus facile de le dire après) de vérifier la capacité financière de l'entreprise (les faillites sont monnaies courantes), ses compétences (contacter d'autres professionels) et son honnêteté (par exemple : contacter les autres artistes de son catalogue). Je n'ai pas de conseil à donner mais il est vrai que les cas se répètent souvent et que l'enthousiasme voile l'analyse critique qu'il vaut avoir dans tous les cas. Je me garderai donc contrairement à M. Escobar de ne pas donner un cours de "trucs et astuces à utiliser dans le spectacle vivant". L'expérience de chacun n'est pas une vérité absolue. Bien heureusement.

Bon vent.
Yann Biville.
Chargé de mission Musiques Actuelles.


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