Silerêves :'Les types de la chanson habitent dans la petite ville...'






Silerêves
Silerêves
J'ai trouvé ça amusant de t'interviewer à propos de ton titre "Petite ville" parce que moi aussi j'ai traité le sujet sur "dans ces petites villes" sur mon prochain album. Alors dans ces petites villes, qu'y a-t-il de révoltant ?

Une petite ville, c'est le microcosme de la grande ville : par exemple là où dans une mégapole, tu as un groupe de fachos pronazis syndiqués, dans ma petite ville, tu vas avoir un petit groupe de 3 copains fachés très nazes? anti-tout et pourquoi pas pro Le Pen. Ils font le marché comme tout le monde, des sourires comme tout le monde, et chez eux devant la télé, ils regardent leur reflet sur l'écran qui se mélangent à une tête de Poivre-d'Arvor, et là, ils sortent des insultes larvées destinées au monde entier. Ces mêmes personnes agissent comme des dindes au moment des soldes, comme ailleurs diras-tu, ils se font gaver de produits inutiles mais enrobés de papier-cadeau, ils jouent le jeu en laissant à d'autres le soin de faire éclater au grand jour les bassesses du fond de leur rancoeur. Quand ça arrive, ce seront ceux-là qui applaudiront sans se salir les mains... c'est vrai, c'est partout comme ça en occident, mais moi je suis dans une petite ville.

Ce qu'il y a de révoltant, c'est que le fait de ne pas croiser assez d'individus différents les uns des autres fait de ces gens des handicapés de la pluralité : dans ma rue je ne rencontre pas beaucoup de Magrébins, mais cela fait-il pour autant de ces personnes une espèce rare ? (et donc dangereuse). Dans la petite ville, les hommes ont des sentiments aussi nazes que dans les grandes villes, mais en plus ils sont "larvés", sournois, sans franchise.

Tout le monde se ressemble ou tout le monde se cache ? Le maître mot est hypocrisie : on est moins nombreux alors la paranoïa a fait son oeuvre. Le titre "petite ville" ça vient aussi de la nouvelle éponyme de mon écrivain préféré Philip K. Dick, chez lui c'est un thème récurent qui apparait aussi dans ses romans Kafkaïens et qui a inspiré pas mal de gens : un type se réveille un matin sans identité, il n'est plus rien dans sa petite ville et plus personne ne le connait. La petite ville n'est en fait qu'un décor fait tout spécialement pour lui donner l'illusion d'être ce que d'autres ont décidé qu'il sera... parce que c'est plus simple, les gens sont si stéréotypés qu'on peut les ranger par tiroirs et donc facilement les contrôler. Alors le type cherche à franchir le bord du simulacre, et il se plante.


Silerêves
Silerêves
Est-ce pire que dans une grande ?

Oui. Quand je suis à Paname, c'est bizarre mais je me sens plein d'énergie renouvelée, heureux de voir tous ces gens uniques et différents. J'aime ces modes excentriques, ces couleurs de fringues et d'âmes, ces mélanges d'humanité! L'art est partout, dans de nombreux quartiers tu n'as pas cette volonté d'uniformisation qu'on rencontre dans la petite ville. Alélluia ! J'ai l'impression que les différences sont acceptées plus naturellement, j'espère ne pas me tromper. Par exemple les commerçants du quartiers des Halles, exemple parlant s'il en est, ceux là se fichent de remplir les autorisations nécessaires au choix de la bonne peinture pour leurs devantures, leur imagination n'est pas bridée : dans la petite ville l'administration est exacerbée et tu dois te conformer au choix d'un type qui se croit important parce que la mairie lui donne un ascendant, une signature. Et souvent, tout est petit, normalisé. Tu me diras : c'est la tendance, de normaliser. Mais là, je crois que c'est pire. Tout le monde te voit, fais un pas de travers et c'est la gestapo.

Est-ce un cri en l'air ? As-tu eu des retours sur ce titre ?

Tu sais bien que la plupart de ce genre de titres n'ont aucun retour ! Ah si ! Un certain type de Musiciens.biz m'a demandé une interview là-dessus, mais bon, c'est tout, et en plus c'est quelqu'un d'assez exceptionnel. Y'a aussi le titre "Laïus" sur lequel j'aurai aimé avoir du retour, parce qu'il est très complémentaire de "petite ville" (tous les deux tirés de "sunMarie sun Laius", album dont le thème est précisément le crime, et plus tard sur "Patchwork" dont le thème est "tentative de rédemption"). D'ailleurs je te file les paroles, à méditer par rapport à l'"aniversaire" camps de la mort en ce moment. , justement, ce sont tous des monstres larvés (quoi, moi paranoïaque ?) :

"Un homme ordinaire au sourire automatique
Le stylo bien aiguisé sous le veston chic
Le visage sympathique et la signature logique
Tranquillement assis derrière son bureau nazi

Ca pourrait être toi il n’y a pas si longtemps
Je sens encore l’odeur du sang…

Le badeau qui s’ennuie et qui s’inscrit au parti
Anonyme qui se découvre enfin une patrie
Soudain la tête sous un casque,
Plus de frères, plus d’amis
Dans la cervelle une balle, dans les mains un fusil

Petit vendeur gonflé, jeune cadre dynamique
Le sourire bien étudié et la démarche hypertonique
Comme ces jeunesses germanique à la pensée pratique
Capables de solutions finales à nos petite ennuis techniques

Retraité plein de sagesse au savoir encyclopédique
Poliment pragmatique, il a des copains chez les flics
Sans vraiment faire de politique
Il ne s’est pas permis d’critique
Sur la file d’attente des juifs faméliques

A ceux qui sont nés au mauvais moment
Je dédie ces mots innocents"

D'ailleurs, pour tomber dans la noirceur la plus totale (pendant qu'on y est), les camps se trouvaient aux abords des petites villes et petits villages bien propsets, non ? Il parait que ça puait à des kilomêtres à la ronde, mais ce n'est pas ce qui puait le plus.

"Petite ville"





1.Posté par Malin le 15/02/2005 10:52
"A ceux qui sont nés au mauvais moment"... Je me pose souvent la question lorsque j'entends les jugements définitifs portés sur les actes des uns et des autres pendant cette période trouble: Qu'aurais-je été? Résistant ou collabo? Héro ou salaud? Ou ni l'un ni l'autre, comme la plupart des français de cette époque? Restons vigilants, car comme le dit Sile: "Ca pourrait être toi il n’y a pas si longtemps", et j'ajoute: ça pourrait être moi...

Nouveau commentaire :
Twitter

Poster un commentaire.

Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 27 Avril 2017 - 06:58 Solynch, version 2.0