Silérêves raconte 'la plongée dans la folie d'un loser'Voilà un disque pas ordinaire. Son titre déjà est tout un programme :"Yalin’s flat snakes und Chocolates". Son auteur se réfère parfois au rock progressif allemand ou à Syd Barrett. Loin des normes actuelles, voilà un disque aventureux, parfois dépressif, souvent allumé. Qui d'autre que Silérêves pouvait se hasarder à un tel disque ? Interview...
A l’écoute de « Yalin’s flat snakes und Chocolates » on est surpris par un effet de pleurage, comme si les instrument étaient désaccordés, pourquoi ce choix ?
- Cet album est un conçu tel un opéra, c'est un Opéra qui raconte une plongée dans la folie d'un looser. Cet opéra ouvre sur une chanson d'emblée plutôt surprenante, "Cheap song", qui porte bien son nom et qui porte en elle le concept de l'album. Les instruments sont désaccordés, la musique est flottante, et les paroles sont un premier jet primaire du genre de ceux de mes premières chansons d'ado. "Cheap song" c'est une ode à toutes les chansons ou poésies qui finissent à la poubelle, toutes les oeuvres perdues de tous les poètes inconnus. C'est totalement intentionnel, comme les petits passages où on m'entend chantonner entre les morceaux du disque, et comme le flottement de nappe d'orgue dans la chanson finale "pipeau song" où le poète se dit : "du pipeau, tout ça, du rêve". Non seulement c'est voulu, mais c'est indispensable ! Mais comme dans tous les opéras on ne peut juger le tout par rapport à une seule chanson : "Yalin's Flat Snakes" est extrêmement varié. Tu as des chansons à la guitare, de l'électro-planant, du classique, du trash, de la danse nordique, et on y trouve aussi pas mal de dialectes différents. C'est un tout, c'est pourquoi j'ai préféré faire une "bande annonce" et non pas proposer un extrait de l'album. A qui s’adresse ton disque ? A ceux qui savent écouter sans à priori la totalité d'une oeuvre, désolé mais les consommateurs de musique prédigérée peuvent passer leur chemin. Je ne les méprise pas, mais ce n'est tout simplement pas pour eux. Ceux qui sont prêts à voyager et qui seraient capables d'aller voir un opéra de Wagner en restant jusqu'à la fin peuvent rester. La question importante est : dans quel état second te laisse l'écoute complète ininterrompue du CD ? C'est là le but de ce disque, te faire passer les portes de la perception.
Je trouve que c’est un disque ralenti, vaporeux, ouaté et mélancolique. Le retrouves-tu dans ces quatre adjectifs ?
Non, écoute par exemple "Talahim", c'est plutôt rythmé et pas dans la lenteur, ni les morceaux électro comme la deuxième partie de "Lion und the super-crêpes". Ralenti peut-être sur certains morceaux, mais dans l'ensemble sûrement plus rythmé que mes autres CD. Vaporeux et ouaté, c'est sûrement la voix que tu retrouves partout sur le CD et qui nappe la musique d'une « planance » éthérée. Mélancolique... disons désabusé ! Mais c'est l'essence même de ma musique, ça. Remarque je ne peux pas me fier à ma propre écoute : j'ai fait écouter l'un des morceaux les plus "ordinaires" du CD à un pote Rappeur, et pour lui c'était de la musique expérimentale... alors... N’as-tu pas peur d’être mal compris ? Etre mal compris, c'est déjà un effort de compréhension, et c'est déjà pas si mal. De toutes façons si je formatais mes créations pour être mieux compris je serais totalement insatisfait de mon travail, ça ne serait tout simplement pas moi. As-tu pensé à te mettre à la portée d’un auditeur lambda, est-ce que quand on crée on fait obligatoirement des concessions ? Non, pas du tout. J'en ai discuté avec des amis et j'en suis venu à la conclusion que ça ne servait à rien d'essayer de toucher un plus large public dans ce genre d'oeuvre poétique, c'est une plongée dans la folie d'un homme, comment faire des concessions là dessus ? Quand on m'entend hurler dans le morceau "Talahim" juste avant une explosion nucléaire et avant de planer sur les restes calcinés des pensées du personnage, comment faire des concessions ? J'avais deux options, en gros : par exemple ne pas commencer le CD par un morceau aussi étrange que "cheap song" et ne pas lier les morceaux entre eux, éviter les intros, et la deuxième option, celle que j'ai prise, la plus intéressante. J'ai préféré faire ce que j'avais envie et y mettre tout ce que je voulais y mettre, même si c'est déstabilisant. Par exemple pour le morceau "Hossana peuple virtuel", qui parle des univers tels Second Life, j'ai eu du mal à enregistrer le chant. Puis un jour au lever du lit je saute sur mon micro et je le fais, en une seule prise, en chantant un peu faux, la voix voilée par le sommeil. C'est vrai c'est un peu faux, mais là la chanson a pris une certaine fragilité grâce à ce chant borderline, elle a pris encore plus de sens. Finalement c'est comme ça qu'il fallait la chanter, il ne pouvait en être autrement. Est-ce que tu as pris ton pied à la création de ce disque, si oui comment fonctionnes-tu ? Est-ce un plaisir cérébral ? Que représente-t-il pour toi ? Tous les morceaux composés pour ce disque n'ont de finalité qu'assemblés tels qu'ils le sont à présent, "pondre" ce CD c'est comme clore un passage de ma vie : le plaisir est aussi masochiste car c'est un petit suicide cérébral. Quand tu as fini, tu te sens bien car c'est là, une partie de toi est sur la table offerte à l'écoute du monde. Tu communiques enfin. Mais tant que je n'ai pas bouclé l'agencement des morceaux entre eux, j'y reviens compulsivement, j'en suis obsédé, je ne pense qu'à ça : c'est un calvaire pour ma famille ! Est-ce que comme beaucoup de créateurs tu es obnubilé par l’idée de laisser une trace ? Il y a un épisode de la petite maison dans la prairie où Charles Ingalls quitte un temps sa famille pour aller faire des tables signées de son nom, loin en ville, loin de ses proches. Les tables se vendent bien... puis on fait un bon dans le temps où l'on voit un couple contemporain acheter l'une de ses tables et lire son nom, son nom qui a survécu au delà du siècle. Mais dans l'épisode Charles est très malheureux et n'a plus le goût à rien, il se fait un nom, mais peu à peu il s'en fout, car la vie n'a plus de goût. Tout ça pour dire que la trace ne vaut rien en tant que telle, seul le présent compte. La trace c'est une vieille table usée avec une signature. Ce qui compte c'est qu'il fallait que je crée cette musique, et que je l'ai fait. J'en avais besoin. Silérêves Silérêves chez Myspace Samedi 07 Juin 2008
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