Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves

suivie de son interview





"Morphée, dans la mythologie grecque, dieu des Rêves. Morphée est l’un des mille enfants d’Hypnos, le Sommeil. Il fait naître les rêves dans l’esprit des personnes endormies, et lui-même prend la forme des différents êtres humains qui apparaissent dans les songes des dormeurs. Doté de grandes ailes qui battent sans bruit, il peut se déplacer instantanément d’un bout à l’autre du monde... Morphée est couramment représenté sous l’apparence d’un jeune homme muni d’ailes". (Encarta)


nu
nu
Un clip, dans certains cas, peut-être un véritable prolongement de la chanson, appendice de lumiere qui permettra d'en saisir le sens, d'en décrypter les arcanes pas toujours évidentes d'un premier abord. Le clip est considéré la plupart du temps comme un art mineur, support de pub, ne méritant aucune explication. Faut-il expliquer une chanson, faut-il expliquer son clip ? Peut-être a-t-on le droit de se faire plaisir en tentant de délirer sur le rapport des sons, des mots et des images, pour en tirer la substantifique moelle d'une nouvelle entité.

Le chant de Morphée (voir le clip)

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Voici donc quelques "clés", un peu comme les clés de Patchwork sur le site consacré au double album de Silereves, mais elles ne sont que la vision subjective d'un seul homme : les images, comme les rêves, sont sujettes à de multiples possibilités d'interprétations.

silerêves
silerêves
Le sommeil, les draps du lit qui font de la nuit ce qu'elle est, ils sont là tout au début, au milieu puis à la fin du film. Ils introduisent l'histoire de ce rêve humide, alors que la musique solaire fait son entrée sur un accord de piano tout simple. Les coeurs un peu religieux soulignent l'instant solennel du rêve: peut-être l'a-t-on attendu toute la journée si on aime particulièrement rêver.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Le dormeur dans ses draps verts n'a pas encore fermé les yeux, son visage se dédouble car seule une moitié du cerveau entre en activité, et Morphée dresse son buste, être aquatique et mythologique qui plonge l'homme étendu, perdu dans ses coussins, en un rêve profond. L'image-miroir (visage droite-gauche identique) est un fort symbole de l'alien qui est né de l'homme endormi : c'est le même homme, et pourtant c'est un alien habitant des terres inexplorées.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Il est double et moitié de lui-même à la fois. Il accède ainsi au rêve-paysage habité par une fille au visage diaphane, tableau naïf souligné par les flûtes de pan, peuplé par la forme lassive de Morphée.


Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Morphée change de visage à chaque rêve, mais les draps sont toujours les mêmes et cette femme-icone n'est que l'archétype (au sens freudien du mot) du fantasme. C'est une statue enfouie au centre de l'homme : femme-mère, femme-amante, femme-désir impossible.


Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Femme solaire aussi, qu'il faut explorer pour découvrir ses astres du jour enfoncés dans la nuit, à travers les paysages oniriques, pendant que l'objet du désir change de visage mais pas de nature.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Plus l'homme s'enfonce dans son rêve, plus il pénètre Morphée et la fait virtuellement jouir. Et sous les accords en désaccord du piano et des flûtes sylvestres, le rapport du dormeur et de l'archétype "Morphée" devient peu à peu un acte réellement physique. Le dormeur voudrait rester là, pour toujours, avec elle. Mais il n'est pas de dormeur qui ne se réveille un jour, alors il faut attendre la nuit suivante : et le cycle recommence (les paroles de la chanson se répètent). Les draps que l'on voit à présent sont différents, l'image est passée au miroir et fait penser à un vagin : l'homme dans son lit, dans les draps, est entré dans le sommeil comme dans un être de chair. Le vagin s'ouvre, le visage de Morphée apparaît encore et encore.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
C'est l'histoire d'amour d'un homme et de son rêve, l'ultime fantasme qui le mennera à la folie : "je ne sais plus, dans quel univers ? Sera-t-elle blonde ou brune ?". Vaines tentative de rationalisation, surement pour tenter de faire du rêve une réalité palpable.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Car les visages de Morphée font peurs : ils sont un aveu de l'impuissance d'aimer dans le monde réel. S'y enfoncer s'est s'y dissoudre : l'homme cherche et se scinde en deux, sa folie le scinde en deux vies parallèles. La même question, toujours, le mènera à la solitude: "dans quelle aventure vais-je la retrouver ? Quel visage aura Morphée ?"

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Et sur ces paysages au bord du monde, où le même visage différent sert de ciel et d'océan, le piano fait rire les enfants du délire. Ma guitare est sous camisole de force, je ne peux plus m'échapper de ce rêve et de cette mélodie, Morphée la chanson devient l'être qui peuple les nuits passées et à venir.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Ma guitare est à la base de toutes les chansons passées, mais ici c'est la charnière, aprés ça mes compositions ne seront plus jamais les mêmes. Morphée fait des enfants, Morphée est le ciel des univers du rêve, ce ciel s'ouvre comme un vagin (encore l'image en miroir, faite ici à base de nuages) et fait apparaître l'archétype-statue comme une évidence.

Une vision du clip'Le Chant de Morphée' (avril 2005) par Silerêves
Alors je dormais et quand je me réveille, je suis là dans l'univers, mais dans quel univers ? Puisque l'amour pour Morphée semble demeurer en moi au delà du réveil, se pourrait-il que j'ai définitivement basculé dans les territoires du rêve ?

Le chant de Morphée (voir le clip)

Entretien avec l'auteur

Est-ce que ce clip c'est une dimension de plus dans la création ou créativité de Silerêves ?

Oui on peut le dire, une nouvelle dimension en ce qui concerne ce que j'arrive à faire partager aux autres. Mais ce n'est pas nouveau au niveau de la créativité, on m'a toujours dit que ma musique avait un côté "musique de films", et mon album "Patchwork" a une construction trés cinématographique, je l'ai construit comme un film. Alors je suis heureux de pouvoir enfin coller des images sur ma musique. D'ailleurs si je le pouvais, mais je n'en aurais jamais le temps ni les moyens, je filmerai entièrement Patchwork. Pour "le chant de Morphée" en particulier je crois que le clip apporte un nouvel éclairage à la chanson et donne plus de consistance au personnage de cette "fille au visage diaphane". On la voit bouger, ce n'est pas qu'un concept, elle est de chair et de sang et pourtant elle fait partie du rêve, en fait on peut dire qu'elle est l'incarnation de ce rêve. La vision du clip apporte ça : plus de consistance à la perception de ces deux univers qui finissent pas se confondre, il y a même un aspect trés sexuel. Morphée existe au sein de paysages solaires et à la fin je suis moi-même baigné par les rayons du soleil.

Je trouve qu'en plus d'être beau et intriguant, il a la qualité d'être culturel. Il colle au mythe de Morphée. Comment as-tu choisi de rendre compte du fait que Morphée soit le Dieu des rêves et des songes ?

Quand j'ai écrit la chanson le nom de Morphée m'est simplement venu à cause de l'expression "être dans les bras de Morphée", et le reste des mots a découlé de ça. Je voulais rendre compte d'une expèrience qui m'est vraiment arrivée, car pendant une assez longue pèriode j'ai fait ces rêves où je vivais à chaque fois une nouvelle aventure, assez mouvementée, avec une nouvelle fille dont je tombais amoureux. Jours aprés jours, à force de faire ces rêves, et malgré le fait que la fille avait un visage à chaque fois différent, le sentiment d'être amoureux de quelque chose au sein du rêve s'est ancré en moi, et je me suis mis à espérer rêver à nouveau de nouvelles aventure en compagnie de cette charmante entité. Et puis j'ai cessé de faire ce rêve, mais sans l'oublier. Alors le nom "Morphée" m'est logiquement apparu être le plus aproprié pour appeler cette femme, car j'avais oublié que dans la mythologie grecque ce Dieu est un homme. Mais bon, les Dieux étaient bi-sexuels, c'est bien connu. J'ai même pensé qu'il pouvait s'agir d'une compagne d'une autre vie antèrieure, essayant de communiquer avec moi, ou bien que le rêve était en fait la réalité et que les pèriodes éveillées n'étaient qu'une sorte de catalepsie, une illusion. Tu vois, je pourrais presque dire que je n'ai pas choisi de rendre compte quoique ce soit et que c'est un peu moi qui a été choisi.

Etais-tu conscient en mettant cette musique en image que Morphée est celui qui reproduit les images ?

Morphée est le fils d'Hypnos et de Nyx. Il est le dieu des rêves et des songes dont le nom signifie "celui qui reproduit les formes". Hypnos était un dieu qui prodiguait le sommeil avec du pavot, et c'est assez marrant quand on pense que justement la chanson raconte une sorte d'addiction au rêve, comme la dépendance à une substance. Encore un point commun avec la mythologie grecque. Pour moi le rêve c'est avant tout des images, et j'ai toujours eu un penchant particulier pour raconter les problèmes de dédoublement de la réalité, univers dit "parallèles", schizophrénies dues à la drogue. Alors forcément mettre en image cette chanson a été un vrai plaisir : prises de vues, montage, effets spéciaux, tout a été fait comme dans un état où le temps ne filait pas à la même vitesse, j'étais comme dans une bulle. Si c'est ce que tu veux dire, c'est vrai que cette chanson se prettait bien plus qu'aucune autre à être filmée, que j'en sois conscient ou pas. En filmant Morphée, qui est le lien entre ici et le rêve, j'étais sùr que le clip serait reconnaissable entre tous, du Silerêve pur jus.

Donc il y a beaucoup d'images dédoublées, Silerêves c'est ton double ?

Comme je l'ai inscrit sur le site de "Patchwork", je suis profondément Silerêves, le reste n'est que pis-allé. C'est un peu dur pour le reste, non ? C'est vrai que s'il arrivait quelque chose de grave à l'une de mes deux filles ou à ma femme, je n'aurais plus le goût de composer quoique ce soit et Silerêves irait pour un temps aux oubliettes. Mais il revient toujours : "i'll be back..." Je parle souvent de Silerêves à la troisième personne, ça peut paraître étrange peut-être, mais c'est parce que c'est une personne qui m'a toujours aidé dans les moments difficiles. Et je lui en serai toujours reconnaissant. J'ai choisi ce nom et commencé à enregistrer dés mon enfance, d'ailleurs je dépose peu à peu sur mon site l'intégral de toutes ces "démos", sous forme de RadioBlogs. Ca vaut ce que ça vaut, mais c'est aussi à la base du double album. Je ne suis rien, je n'ai pas fait avancer le monde, je n'ai sauvé personne des griffes du mal, pourtant à la question "qui es-tu ?" je peux au moins répondre : "Silerêves". C'est à la fois tellement futile et tellement important. C'est complètement à côté de la plaque mais c'est fondamental. Oui, peut-être bien de la schizophrénie. Ca me rappelle un épisode de ma vie qui peut résumer ça à lui tout seul : un jour avec deux amis, nous avons ingéré des "supermans", une sorte de dose de lsd sur un morceau de buvard qui t'hallucinait en te faisant rebondir comme une balle de ping -pong. Mais le lsd a des effets différents suivant les personnes. Je suis parti dans un délire dans le genre du petit video-lab "1 rêve", avec plein de couleurs qui dégoulinaient des murs, et les arbres qui se penchaient sur moi d'un air menaçant. C'est devenu un bad-trip et je suis allé fouttre le souk à la porte d'un hotel en terrorisant les clients. Et puis j'ai demandé à aller à l'hopital, car je ne me sentais pas bien du tout, j'étais persuadé que j'allais mourir. Mes amis m'y ont accompagné et se sont tirés en vitesse. Là j'ai été pris en charge aux urgences, ligoté sur un lit avec des lanières, et je me suis endormi. Sauf que pour moi, en fait je suis tombé dans le coma. Je me réveillais à intervalles réguliers, il y avait un interne de garde dans sa cabine prés de moi. Quand j'ai regardé le téléphone fixé le long du mur, celui-ci s'est mis à fondre, à couler par terre. Lorsque j'ai regardé mes mains (je pouvais plier les avant bras), j'ai vu des poils pousser, mes mains se rider à cause de la vieillesse. Et j'ai compris que j'étais enfermé dans un hopital psychiatrique, plongé dans un coma dont je ressortais parfois aprés plusieurs années d'intervalle : en réalité je devais me rendormir assez souvent, puis je me réveillais et continuais un bout de trip. L'interne s'est approché de moi, alors je lui ai demandé de contacter ma famille, les proches qui étaient encore en vie (je pensais que beaucoup de temps était passé et qu'il s'agissait de l'un de mes derniers réveils). Et là je lui ai livré un message très important, je savais que j'allais mourir, je lui ai dit : "il y a une boite où sont toutes les cassettes de Silerêves, dites leur de ne pas la jeter après ma mort, ils ne savent pas que ces enregistrements sont là, il ne faut rien effacer...". Voilà ce que j'ai dit sur mon lit de mort.





Nouveau commentaire :
Twitter

Poster un commentaire.

Dans la même rubrique :
< >

Mardi 2 Mai 2017 - 16:50 Geyster, interview vidéo

Lundi 23 Décembre 2013 - 15:46 Cadillac, le clip de Prigal